Je (ne) suis (plus) Charlie

La une de Charlie Hebdo sur les attentats de Bruxelles mettant en scène Stromae déchaine les passions et soulève un vent d’indignation sur les réseaux sociaux. On est loin de #JeSuisCharlie.

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Peut-on rire de tout? Et Charlie Hebdo rit-il vraiment? Après la vague d’émotions soulevée par les tueries de Charlie Hebdo en janvier 2015, la foule avançait, tel un seul homme, en défendant le droit à une liberté d’expression totale et au blasphème. Des millions de dons, des abonnés par dizaines de milliers rejoignaient les rangs, fort clairsemés à l’époque, des adorateurs de l’hebdomadaire qui n’avait de cesse de tremper sa plume dans le vitriol d’un goût parfois douteux.

Ils étaient nombreux les Belges à participer à la marche pour Charlie, à arborer un #JeSuisCharlie sur leur profil Facebook ou Twitter. Et à dénoncer le manque de recul et d’humour de ceux qui jugeaient ses caricatures et ses propos “too much”, voire orduriers. Ils étaient nombreux à lancer des pavés virtuels à la tête de Philippe Geluck qui soulevait la question de “rire de tout mais pas vraiment de la religion si ça blesse des gens”.  Ils étaient nombreux mais les temps ont changé.

Les temps ont changé parce que l’horreur a traversé la frontière. L’horreur est passée par l’autoroute A1 pour venir stationner avec fracas dans notre aéroport et notre métro. Parce que les morts d’aujourd’hui sont proches de nous. Voire très proches. Et que l’on n’a pas envie de rire. Alors cette couverture représentant Stromae cherchant son père et celui-ci lui répondant en plusieurs morceaux de chair provoque la colère et le dégoût dans le public. 

A tort. A tort parce que l’on a confondu un journal satirique et un journal humoristique. Charlie Hebdo est le premier. Son but premier n’a jamais été d’être drôle mais d’être dérangeant. Et tant mieux si c’est drôle. Charlie Hebdo n’a pas de respect “biblique” pour la vie ou la mort. Ils ont bien traité la mort des leurs sur le même ton. 

Il n’est pas question de défendre Charlie Hebdo. C’est leurs choix rédactionnels. Pas les nôtres. Il est juste question de ne pas confondre les genres. La majorité ne sera jamais sensible au ton de Charlie Hebdo.  Et la toute grande majorité n’a jamais ri à un seul de leurs dessins. Sauf quand il était bon ton de le faire pour être Charlie.

A noter: dans le même numéro, le chanteur Renaud, redevenu chroniqueur pour l’hebdomadaire, rend aussi hommage à la Belgique meurtrie. Comme il l’a fait dimanche dernier sur les marches de la Bourse en toute discrétion.

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