Infirmière aux urgences: « On agit, on ne pense pas »

Comme des millions de Belges, le soir du 22 mars, Olivia est rentrée chez elle pour passer du temps avec ses enfants, avec des amis… Sauf que son métier d'infirmière urgentiste l'avait plongée dans le concret de l'horreur. Elle raconte l'ambiance quand les brancards arrivent, ses émotions face à des "blessures de guerre" et ce sentiment de faire un métier magnifique.

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Ce mardi-là, Olivia, infirmière urgentiste et en soins intensifs, avait pris son service à 7 h du matin. Ses trois enfants, ados, étaient partis à l’école. Le printemps était dans l’air. Et puis… Déclenchement du plan MASH, clin d’œil au film mais surtout « Mise en alerte des services hospitaliers ». Arrivée d’une première civière, avec un blessé. Très grave. Par hasard, parce qu’elle était dans le couloir qui sépare son unité du service de réanimation des urgences, elle accompagne le brancard… La quadragénaire est alors happée par la réalité, une réalité de sang et de cris de douleur, dont l’écho est en train d’assommer tout le pays.

« Des grands brûlés, des membres broyés, j’en ai déjà vu souvent. Mais pas tout à la fois sur le même patient! »

Mais Olivia n’y pense pas. Entre les murs des urgences, loin de la panique et des pleurs de l’extérieur, il n’y a de place que pour les reflexes professionnels. La concentration est poussée à son extrême: jamais cette infirmière, qui a pourtant « pas mal de choses assez trash » à son actif, n’a connu une telle situation. Olivia ne quittera cette pièce où elle est entrée sans vraiment y penser, par automatisme, qu’au bout de cinq heures. Vidée, exténuée. Mais remplie, aussi, de la conscience de faire un job pas comme les autres. D’avoir noué des complicités exceptionnelles avec ses collègues en ce jour hors du commun. Comment revient-on chez soi? Comment met-on la table pour manger avec ses enfants après une telle journée? Elle raconte.  

Vous étiez en première ligne le 22 mars, et vous avez travaillé le lendemain. Aujourd’hui jeudi, vous êtes en congé. Comment vous sentez-vous?

Olivia – Très fatiguée, même si je me sens bien. Hier, ça a été difficile parce que j’ai dû retravailler tout de suite, de 13 h à 21 h. J’étais là sans être là. Je n’ai pas bien dormi la nuit qui a suivi les événements: on revoit en boucle les gens qu’on a soignés. Je n’avais jamais ressenti ça. On a donné tout ce qu’on pouvait au moment même. Après, on est fatigué, vidé, triste de ce qu’on a vu. Mais aujourd’hui, ça va. Ça fait aussi partie de mon boulot.

Quand vous avez vu le premier patient arriver, vous avez compris que ça allait être grave?

O. – Je me suis juste dit: « Mais quelle horreur! » Ces blessures, ce sont vraiment des blessures de guerre. Quand on entend ça aux nouvelles, on se dit que c’est terrible. Et ça nous touche d’autant plus quand c’est dans notre pays, des gens tout près de nous… Mais voir les gens, c’était vraiment terrible. Des grands brûlés, des gens qui ont été dans des explosions de gaz ou qui sont passés sous le tram, avec des membres broyés, j’en avais déjà vu. Mais ici, on retrouvait parfois ces différents types de blessures sur un seul patient.

Vous avez pris combien de personnes en charge?

O. – Je me suis occupée de trois patients très lourds. Je pense qu’il y en a eu 7 ou 8 en tout à Erasme. Huit blessés, ça vous semble peut-être peu. Mais quand on voit leurs lésions, c’est énorme. Autant de personnes, aussi mal en point, en si peu de temps, je n’avais jamais connu ça. Avec des polytraumatisés aussi graves, il y a tellement de choses à faire en même temps pour leur sauver la vie…

La suite dans le Moustique du 29 mars 2016

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