22 mars – Le Jour d’après

La voiture de police s’est arrêtée au feu rouge. C’est la première depuis trois jours à ne pas traverser sirène hurlante ce carrefour bruxellois. On est vendredi matin, le 25 mars, malgré une météo éplorée, le printemps va peut-être commencer.

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Les témoignages hallucinants, les interventions ici et ailleurs et les révélations guère rassurantes n’ont cessé de s’accumuler . Les journalistes continuent leur marathon entre information et émotion . Mais il y a aussi des signes clairs que la Belgique et sa capitale sont sorties de l’onde de choc. Le niveau d’alerte est redescendu à 3. Dimanche, pour exprimer notre tristesse et notre fraternité, une grande marche est organisée et puis aussi une chasse aux œufs sous l’Atomium. Les humoristes ) sont entrés en résistance. Tout le monde est bien d’accord: ils ne peuvent pas gagner.

Peu à peu nous allons enterrer nos morts et recommencer à respirer. Peut-être même un peu plus heureux que le 21 mars. Parce que nous venons de constater l’amour du monde envers notre « pays qui existe à peine et vit pleinement » (Libération). Nous avons vu au-delà des générations, des langues et des religions la dignité de notre population, la bienveillance de beaucoup et l’héroïsme de certains. Parce que, peut-être, comme cette famille de rescapés qui le soir même a ouvert un bon vin pour dîner ensemble, nous nous sommes dit que, tout bien réfléchi, c’est formidable d’être vivant. Même ici et maintenant.

Nous allons peut-être même croire que des politiques courageuses vont enfin protéger et valoriser une Belgique communautarisée. Aucun n’espoir n’est interdit, s’il n’empêche pas le discernement. La question du terrorisme islamiste est ancienne, profonde, sans réponse aujourd’hui et sans doute encore pour longtemps. Il y a quelques semaines, devant un auditoire universitaire, une consœur très respectée a tout bonnement fondu en larmes. Elle se désolait du monde que notre génération allait transmettre à ces étudiants. A l’époque, j’avais pensé qu’elle devait être très fatiguée. A présent, je me dis qu’elle avait sans doute osé, malgré les circonstances, être pleinement lucide. Et la gorge me serre.

Jean-Luc Cambier

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