Douleur sur la ville

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On en est encore à vérifier la sombre progression des bilans, à rassurer des proches ou à tenter de les joindre via des lignes téléphoniques saturées. Mais déjà il ne fait aucun doute que ce 22 mars 2016 a fait basculer Bruxelles et la Belgique dans une autre réalité. La circulation en plusieurs endroits stratégiques de la ville est coupée, partout ailleurs hurlent des sirènes de la police et des services de secours. Les magasins sont restés fermés. Chaque minute annonce l’annulation d’un événement. Des gares ont été évacuées et les transports en commun sont rentrés au dépôt. A certains arrêts, des employés ou des hommes armés renseignent les navetteurs. Les écoles appellent les parents et leur demandent de venir reprendre des enfants qui ont besoin d’être rassurés. Des policiers d’élite racontent qu’au moment de les rappeler au service, on leur a dit « c’est la guerre ».

Bruxelles était une ville exposée, c’est devenu une ville martyre. Ces attentats prédits et redoutés depuis des années ont eu lieu, avec une férocité qu’on n’osait pas imaginer. Mais que certains responsables auraient dû envisager et empêcher. Oui, nous acceptons le fait qu’il n’existe pas de risque zéro. Oui nous savons qu’il faut apprendre à vivre avec la menace terroriste. Mais nos politiques auraient dû aussi s’y préparer. On peut difficilement admettre les sourires triomphants de vendredi dernier, la bonne humeur de notre Premier ministre et du Président français, l’inconscience de l’OCAM (Organe de Coordination pour l’Analyse de la Menace). Le niveau d’alerte 3 a été maintenu alors que, du simple passant au premier journaliste venu, tout le monde s’inquiétait de possibles actions terroristes pour venger l’arrestation de Salah Abdeslam. Sans viser ni les hommes ni leurs partis, il n’est pas possible qu’aucune conséquence politique ne soit tirée de telles approximations. On ne félicitera pas non plus quelques médias qui, trois heures après les attentats, publiaient sur leur compte Twitter des photos insoutenables de victimes.

La règle habituelle dans un édito est de s’exprimer à la première personne. Mais aujourd’hui, il n’est question que de nous. Des solidarités qui s’expriment, des taxis gratuitement mis à disposition près des lieux des attentats pour raccompagner les citoyens désorientés aux couleurs belges symboliquement adoptées par la Tour Eiffel. Des témoins des attentats qui, juste après le chaos, ont montré de la dignité et de la discipline. Des yeux rouges à la rédaction parce que la peur et la douleur sont descendues sur la ville où, pour la plupart, nous ne sommes pas nés mais que nous avons choisie. Notre capitale, ville blessée mais vivante.

Jean-Luc Cambier

Rédacteur en chef

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