De la fierté à l’horreur, en 24 heures…

Les attentats du 22 mars, tels que nous les avons vécus à la rédaction de Moustique.

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C’est d’abord une alerte sur le téléphone, à 8h15 du matin: « Plusieurs explosions à Brussels Airport ». Elle tombe comme une certitude longtemps redoutée. Mais l’impact est d’autant plus fort que, la veille, alors que nous bouclions une édition largement consacrée à l’arrestation de Salah Abdeslam, les Belges avaient encore en tête les images de Charles Michel et François Hollande se congratulant à propos de ce coup porté à la menace terroriste. Car c’est forcément de terrorisme qu’il s’agit. Comment pourrait-il en être autrement? Deux explosions, dans un aéroport international…

Le bilan officiel est d’abord de un mort, là où plusieurs médias, belges ou étrangers en annoncent déjà onze. À la radio, où les matinales sont reconverties en éditions spéciales, les témoignages affluent: la panique, les corps, les cris en arabe avant, les kalachnikovs.

Moins d’une heure plus tard, il faut remplacer #Zaventem par #Brussels dans le fil Twitter. C’est la ville entière qui paraît désormais prise d’assaut. Une explosion a dévasté une rame de métro à hauteur de la station Maelbeek, en direction d’Arts-Loi. C’est au cœur du quartier européen. Après l’aéroport, la capitale est manifestement visée dans sa dimension de capitale internationale. Mais cette station de métro est surtout empruntée par de nombreux Belges, dont les proches savent qu’ils passent habituellement par là à cette heure de la matinée. À la rédaction de Moustique, comme dans tant d’autres familles, on tente de prendre des nouvelles des proches, malgré la saturation des réseaux téléphoniques. Ce sont de bonnes nouvelles qui tombent. Ainsi que plusieurs témoignages provenant de personnes qui ont pris une rame de métro à cet endroit, « juste avant »…

Adieu lolcats

D’autres traversent Bruxelles en voiture pour se rendre à la rédaction. Même sans avoir ouvert la radio ou lu l’écran de son téléphone, on peut immédiatement percevoir que quelque chose, ce matin, a changé. Ce que confirme le bruit ininterrompu des sirènes, en quelque endroit qu’on se trouve sur le territoire des communes de la petite ceinture. Sur l’autoroute, un membre de la rédaction a noté ce panneau: « Accident Zaventem. Autoroute fermée ». Peut-être pour ne pas paniquer les automobilistes. Ou parce que le mot « attentat » n’a pas encore été encodé dans le vocabulaire des voiries belges.

Un autre membre de l’équipe a remarqué une femme en burqa dont le visage est étrangement dévoilé. Peut-être la peur d’être prise à partie, voire de subir des représailles. Et on se prend à redouter que la ville ne change plus encore que l’on ne pouvait le redouter. À la mi-journée, le parquet fédéral demande à la presse de ne plus rien communiquer à propos des opérations en cours. Mais la Belgique, à nouveau placée en alerte de niveau 4, n’a plus le cœur à poster des lolcats.

Sur les fils infos des médias en ligne, on constate certains dérapages. Des photos de la rame éventrée à la station Maelbeek circulent. S’agit-il de morceaux de corps qui jonchent le sol? Sur certains sites, les mêmes images arborent des zones flouées. Il s’agit bien de morceaux de corps. Entretemps, le bilan officiel a évolué. À 13h30, il s’établit à 34 morts et 136 blessés pour les deux attentats.

Les mêmes qui se félicitaient hier doivent aujourd’hui déchanter. Comme Charles Michel, cette fois contraint à un aveu d’impuissance: « Nous redoutions un attentat et c’est arrivé. Notre pays a été frappé par deux attentats aveugles, violents et lâches ». Comme Bart De Wever: « Tout porte à croire que nous vivons le jour le plus noir de l’histoire de notre pays depuis la deuxième guerre mondiale ». Les mêmes mots, ou presque, que ceux de François Hollande il y a quatre mois, à Paris.

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