L’allocation universelle: une idée qui fait le tour du monde

L'idée d'un revenu sans condition pour tous fait son chemin. Partout, des initiatives voient le jour pour réaliser ce projet utopique. 

money-1005464_960_720

La proposition au XVIème siècle. Dans L’Utopie, Thomas More imaginait un revenu garanti qui permettrait de lutter bien plus efficacement contre la criminalité que la peine de mort. Cinq cents ans plus tard, aux quatre coins du globe, l’idée de donner un capital à tous sans distinction d’aucune sorte, sans condition et cumulable aux revenus du travail séduit les citoyens et certains gouvernements. A ce stade-ci, on ignore encore quelle forme prendra cette allocation et, à l’instar des systèmes de sécurité sociale traditionnels, son éventuelle application ne sera pas la même partout. Les interprétations les plus simplistes le compareront à un Win For Life généralisé mais le revenu de base est surtout un outil pour bâtir une société différente. La somme doit permettre à chacun de couvrir ses besoins de bases et ainsi soulager les individus, du moins en partie, de la pression que leur satisfaction engendre. Ceux-ci pourraient dès lors consacrer leur temps et leur énergie à un projet de vie qui leur tient à coeur. Les défenseurs de la mesure partent d’un principe simple: quelqu’un qui choisit ce qu’il fait le fait mieux. Le travail ne serait donc plus perçu et vécu exclusivement sous l’angle des contraintes alimentaires et sanitaires mais selon la plus-value qu’il apporte à la société.

Des initiatives voient le jour

Aux quatre coins du monde, réflexions et projets plus concrets voient le jour.

  • La province canadienne de l’Ontario vient d’annoncer le lancement d’un projet pilote sans qu’on en connaisse, pour l’instant, la teneur.
  • En France, le Sénat vient de commencer à en discuter du bout des lèvres.
  • Au Pays-Bas, vingt villes sont séduites et veulent lancer des projets en ce sens. À Utrecht, 300 personnes en situation de précarité reçoivent actuellement 900€ mensuels.
  • Les Suisses se sont donnés rendez-vous le 5 juin pour un référendum portant, entre autres, sur le sujet. La question posée: êtes-vous favorable à l’introduction d’un revenu inconditionnel de base? Les montants évoqués tournent en moyenne autour de 2300€ pour un adulte et 570€ pour un enfant. Cette somme rondelette remplacerait dans le cas helvète l’ensemble des autres prestations sociales existantes dont la disparition viendrait en partie financer le RIB.

La Finlande pionnière

Pour son premier Ministre, Juha Sipilä, le pays n’a pas d’autre choix: «La situation de la Finlande est si grave que nous avons besoin du courage d’expérimenter des solutions nouvelles». Dans l’impasse après quatre années de récession, l’Etat nordique teste depuis le début 2016 la mesure en versant 550€ par mois à une partie de ses citoyens les plus démunis. Elle devrait même être étendue à l’ensemble de la population en janvier prochain après l’analyse des résultats et les éventuels aménagements qui viendraient se greffer. Le montant final de 880€ par mois par personne est évoqué. L’allocation universelle couterait alors un peu plus de 20% du PIB du pays. En comparaison, en 2014, la part du PIB dédiée aux prestations sociales en espèce s’élevait à 18%.

Des résultats encourageants mais peu concluants

Si l’idée fait de plus en plus d’émules actuellement, d’autres s’y sont essayés par le passé avec des résultats concrets. Partout où elle a été testée, l’innovation a apporté une élévation de la qualité de vie.

  • En Namibie, un test mené dans le village d’Otjivero en 2008 a impressionné par ses effets. La pauvreté y a baissé de 39% et le nombre d’enfants terminant leur scolarité à augmenter de moitié.
  • De 1974 à 1979 (déjà!), à Dauphin au Canada, une réforme semblable a permis de réduire le nombre d’hospitalisation de 8.5%.
  • En Inde, en 2013, le Madhya Pradesh Unconditional Cash Transfer Pilot Project, a eu comme effet, une augmentation des résultats scolaires dans 68% des familles participantes.

Alors, miraculeuse l’allocation universelle? On pourrait le penser, même s’il convient de garder la tête froide et de relativiser ces fabuleux enseignements puisque toutes les expérimentations sont différentes – ce qui les rend difficilement comparables. Il est clair que l’impact du revenu universel de base sur la population indienne et namibienne ne devrait pas être le même que celui sur un pays occidental industrialisé.

Comme le souligne, Philippe Van Parijs, fondateur belge du réseau international qui planche sur le dossier et l’un des pères modernes de l’idée: « Les expériences sont à chaque fois différentes dans ce qu’on a introduit comme allocation et ce qui existait comme système social avant l’introduction du revenu universel ». Les exemples dans le domaine, bien que loin d’être dénués d’intérêt, ne sont donc pas des arguments de poids. A l’image de la Finlande, il faudra donc en quelque sorte « payer pour voir » ce que ça donne. Philippe Van Parijs reste persuadé que l’allocation universelle fera son chemin:

« Un jour, dit-il, on se demandera pourquoi on n’y est pas passé plus tôt. »

Pour aller plus loin:

 

Sur le même sujet
Plus d'actualité