Gazons maudits

Transférés dans les plus grands clubs d’Europe quand ils étaient gamins, ils ont évolué au milieu des stars du foot. Une blessure, quelques mauvais choix ou la malchance les ont empêchés d'en devenir une à leur tour. Et la chute a été dure.

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La génération actuelle de Diables Rouges est probablement la meilleure de l’histoire de notre football. La plupart des titulaires de Marc Wilmots évoluent dans les plus grosses écuries d’Europe. Pourtant, avant les Hazard, De Bruyne, Benteke et Cie, trois des nôtres ont rejoint très tôt le gratin européen et côtoyé le monde des paillettes, du fric, des filles, de la gloire. Mais ni Yves Makabu-Makalambay, ni Floribert N’Galula, ni Kevin Franck n’en ont jamais vraiment fait partie. Récits de carrières en montagnes russes, à une seule descente…

Kevin Franck ex-Real Madrid

Avec trois collègues, Kevin a lancé il y a quelques années l’entreprise SAKP Sports Management, qui aide les parents désireux d’établir un plan de carrière pour leur fils… « Ce que je n’ai pas eu, quoi… Si quelqu’un d’expérimenté dans le monde du foot m’avait dit: « Ouais, le Real c’est bien, mais ailleurs, il y a un projet », peut-être que j’aurais connu une autre carrière. » Kevin Franck est l’un des deux seuls Belges (avec Fernand Goyvaerts dans les années 60) à avoir porté la vareuse du Real Madrid.

Kevin a 17 ans et évolue au milieu offensif jeunes à Gand quand le club de Levante lui propose un projet de carrière bien planifié. « Un soir, un agent me téléphone et me dit: « Tu préfères une Mercedes ou une Clio? » » Le Real Madrid était entré dans la danse et l’invitait à venir à Madrid. « Le Real ne m’a même pas observé jouer. C’est une fabrique là-bas. Ils craignaient qu’on dise « Pourquoi le Real n’a pas vu le jeune Belge que Levante vient de recruter? » » Franck rejoint donc les Merengues et commence à vivre son rêve pas très loin des Zidane, Ronaldo et Cie.

« Parfois, l’entraîneur principal venait dans notre vestiaire dire: « Toi, toi, toi et toi, aujourd’hui vous vous entraînez avec l’équipe première ». Je l’ai fait six fois, et ça on ne pourra jamais me le retirer. » Sur place, le Belge développe quelques contacts avec le Français Claude Makélélé, qui le ramène parfois chez lui en voiture. « C’était des stars, mais tu voyais que c’était des êtres humains. » Repris majoritairement avec l’équipe B, Kevin apprend le football à l’espagnole, mais il espère évidemment aller plus haut.

Après un prêt infructueux de six mois à Majorque, le milieu offensif revient à Madrid, mais l’encadrement ne lui convient guère. « Tu n’as personne qui te contrôle et Madrid est une ville assez grande… Donc, si je n’étais pas repris le dimanche matin, je sortais la veille. » Bientôt, Kevin se retrouve esseulé, sur le banc et dans la capitale espagnole. À l’hiver 2003, le président de Malines Fi Van Hoof lui propose donc 18 matchs de test en D1.

Sauf qu’après l’accord de Franck, Van Hoof retourne sa veste… « Je n’allais pas revenir au Real leur dire que je changeais d’avis, ils se seraient foutus de moi en disant « Allez, tu te casses! » » Sans club et affublé de l’étiquette encombrante d’ancien du Real, Franck doit se tourner vers Dender, en D3. « Le président du club m’a convaincu en disant que l’entraîneur me voulait et que c’était une bonne occasion de se relancer. Sauf qu’arrivé à l’entraînement, le coach m’a dit: « Tu es qui toi? C’est quoi ta position? » » Et que Kevin se fait fusiller dès son premier match… à l’arrière-droit: « Descends de ton petit nuage, t’es plus au Real, il n’y a plus de soleil ici, il faut tacler! »

La suite? Une succession de mauvais choix et une carrière qui plafonnera en D2. « Mais je ne regrette rien… Imagine que j’ai eu la chance de rentrer dans l’équipe première du Real! » Le natif d’Alost revient d’ailleurs par moments voir d’anciens coéquipiers. « Là-bas je connais un gars de la sécurité qui me laisse passer voir les joueurs, ça fait du bien… On se dit bonjour, on fait la photo, etc. Mais avec Ronaldo, c’est tout à fait autre chose: quand il sort pour prendre sa voiture, la sécurité l’encercle directement pour qu’on le laisse en paix. » Une chose que Kevin est sûr de ne jamais connaître: il a raccroché les crampons la saison dernière…

La suite de notre enquête dans le Moustique du 16 mars 2016

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