Les innocentes – La foi du silence

Sous la neige, hors du temps, les murs misérables d’un couvent résonnent de cris entre deux psaumes. Des ventres ronds se dessinent sous le tissu gris. Loin d’être immaculée, la conception a marqué plusieurs de ces femmes. Paralysée par la peur d’ébruiter l’affaire, la mère supérieure refuse toute aide extérieure. 

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Heureusement, l’une des religieuses parvient à avertir une jeune interne de la Croix-Rouge du village d’à côté. Mathilde Beaulieu (excellente Lou de Laâge) comprend deux mots de polonais, son interlocutrice en parle deux de français… mais saisit rapidement la gravité de la situation. Troublée par ce qu’elle va découvrir, Mathilde gagne la confiance de ces sœurs. Malgré l’ascétisme qui règne et qui les sépare, malgré le rigorisme ambiant qui aseptise les rapports humains.

Anne Fontaine filme en fait plus qu’un drame historique. Elle l’utilise à des fins subtiles pour tisser des liens entre le dévouement et l’épanouissement. Et puis, histoire de laisser le spectateur respirer, Les innocentes s’échappe aussi parfois de la chape de plomb du couvent pour laisser place à des moments plus légers. Comme ceux, véritablement libérateurs, où le personnage interprété par Vincent Macaigne, avec toute la distance et l’ironie mélancolique qui le caractérisent, tente tant bien que mal de séduire l’héroïne dans l’ambiance envoûtante d’un bar de quartier. Bilan: la réalisatrice réussit à tirer une essence profonde de son film, au sujet très fort et très lourd, sans jamais tomber dans le glauque. Brillant.

Réalisé par Anne Fontaine. Avec Lou de Laâge, Vincent Macaigne, Agata Buzek – 115’.

Interview d’Anne Fontaine dans le Moustique du 9 mars 2016

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