Michael Jackson refait le mur

Premier "vrai" album solo du roi de la pop paru en 1979, "Off The Wall" retrouve une nouvelle jeunesse

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En 1979, le disco commence à s’éteindre, Jimmy Carter est à la Maison Blanche, Maggie Thatcher au 10 Downing Street et le monde blanc découvre que Michael Jackson n’est plus « le petit gamin aux dents blanches et à la coupe afro qui chante ABC à la télé avec ses frangins ». Avec « Off The Wall », premier album solo officiel (il en avait publié quatre chez Motown sous la franchise The Jackson 5) réalisé par Quincy Jones qu’il a rencontré sur le tournage de Wizard Of Oz, Michael affirme sa maturité et acquiert enfin une totale liberté artistique. Il a vingt ans quand il entre en studio à Los Angeles pour l’enregistrer dans la quasi-indifférence de l’industrie pop qui le considère alors comme un ex-enfant star devenu has been. A vingt et un ans, lorsqu’il le commercialise. Et mettra (presque tout) le monde à ses pieds.

Une nouvelle fois réédité (il y avait déjà eu une version remastérisée agrémentée de bonus en 2001), « Off The Wall » garde toute sa fraîcheur et son audace. Une chanson comme Don’t Stop ’til You Get Enough est plus ensorcelante que tous les morceaux de l’actuel top 10 de l’Ultratop mis bout à bout. Il y a davantage d’expérimentations dans la plage titulaire que sur tout le dernier album de Kanye West. L’écoute de She’s Out Of My Life nécessite la présence à portée de main d’une boîte de Kleenex et, chouette alors, le tonique Get On The Floor montre que la meilleure manière de faire sonner une basse funky est de faire appel à un musicien chevronné plutôt qu’à un laptop. Que du bonheur, que du bonheur…

La (copieuse) cerise sur le gâteau de cette nouvelle version est un documentaire de nonante minutes réalisé par Spike Lee. Présenté en avant-première au Sundance Festival et disponible en bonus DVD (et sous-titrage français) de l’album, Michael Jackson’s Journey From Motown To Off The Wall mélange images d’archives et témoignages de la scène actuelle. De Mark Ronson à Pharrell Williams, en passant par John Legend ou Questlove (The Roots), toutes ces stars de l’entertainment reviennent sur l’importance quasi sociologique de ce disque. Avec « Off The Wall », Michael Jackson a ouvert en effet la porte au « crossover » qui est désormais présent un peu partout dans la culture pop d’aujourd’hui. En mélangeant les genres (jazz, funk, disco, soul) ou en s’ouvrant à la pop/rock (c’est Paul McCartney qui signe le brillant Girlfriend), Michael Jackson parvient à fédérer des publics différents autour d’une même musique.  Il ira encore plus loin avec le monstrueux « Thriller » qui sortira trois ans plus tard avec le batteur de Toto et la guitare hard rock d’Eddie Van Halen. Mais c’est une autre histoire.

> OFF THE WALL (CD + DVD), Michael Jackson, Epic/Sony.

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