Les années 80, pire décennie du siècle?

Ce qu'il reste des années 80 dans notre quotidien? C'est comme la musique de l'époque: de bonnes choses si on cherche un peu. Mais aussi quelques horreurs qui rythment encore nos vies de tous les jours.

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« En affaires, il y a ceux qui donnent des coups. Et ceux qui les reçoivent… » Une pub de l’époque

C’est une pub pour les ordinateurs Commodore. C’est surtout la plus parfaite illustration du souvenir laissé par les années 80. Un manager à mèche blonde et épaulettes y balance de grandes claques dans la gueule de son personnel. Personne ne bronche. Une voix off, suave, murmure: « En affaires, il y a ceux qui donnent des coups. Et ceux qui les reçoivent… ». Avant d’asséner le slogan: « On ne gagne pas une guerre avec des bons sentiments ».

On en voit moins des pubs de ce type. Pas parce que les ordinateurs Commodore ont disparu. Ou que les marques auraient renoncé à se faire la guerre. C’est juste que le capitalisme triomphant, étalé frontalement, ça passe moins bien. Nous préférons aujourd’hui des formes plus subtiles quand il s’agit de nous faire dicter nos besoins, nos envies et nos comportements. 

Et puis, un tel manifeste à la gloire du caractère indépassable de l’économie de marché serait inutile. Les entreprises ont de toute façon gagné. Les années 80 ont préparé le terrain sur lequel leurs profits batifolent aujourd’hui en toute liberté. Au cours de cette décennie, le capital n’a cessé de conquérir les territoires autrefois défendus par l’État-providence et les services publics. Pour finalement se constituer un empire si vaste qu’il a fallu trouver un nouveau mot pour le nommer: mondialisation.

Et comme dans la pub, personne n’a le droit de broncher. Parce que les eighties, c’est aussi la fin autoproclamée des idéologies. Dans son livre La décennie. Le grand cauchemar des années 80, l’historien des idées François Cusset énumère ses principales tendances: autolimitations des gouvernements, intériorisation par tous d’une fatalité économique nécessaire, diabolisation des discours critiques, privatisation de l’idée de liberté… Le tout convergeant dans une sorte de « technocratie du bonheur prônant l’informatique, l’aérobic ou l’égoïsme salvateur pour se prémunir des maux de l’époque: le chômage, Le Pen et le sida ». Des fléaux toujours en plein essor auxquels on ajoutera cet autre: le terrorisme islamique, lui aussi enfanté dans les années 80. C’est sûr, à cette époque, c’est une certaine idée du progrès qui s’est pris une baffe.

Le dossier de 8 pages dans le Moustique du 2 mars 2016

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