Kevin Roquet a rendu sa toque

Le dernier Belge de Top Chef a été éliminé avec les honneurs. Il part sans regret et avec un projet de restaurant

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C’est entre deux services au restaurant dans lequel il travaille, La Gastronomie du Mayeur, à Wanze, que Kevin Roquet prend le temps de débriefer son aventure Top Chef. Eliminé au terme de la sixième émission, le Belge se dit ravi de son parcours, lui qui espérait juste passer la première émission. « En épreuve de dernière chance, je suis tombé sur du tourteau, produit que je n’avais jamais travaillé. Et j’étais confronté à des candidats extrêmement forts. Je savais que j’étais éliminé avant que l’épreuve ne débute. C’est donc logique. On pourra toujours dire que si j’avais eu une autre épreuve en dernière chance… » Mais c’est la loi du genre, relativise-t-il, beau joueur. Et puis il ne va pas cracher sur une expérience qu’il a mis six ans, et autant de casting, à mériter. « A mes yeux, cela représentait une occasion unique de faire le point sur ma cuisine, d’apprendre de nouvelles choses et de rencontrer de grands chefs. Surtout, je souhaitais partager ma passion avec d’autres candidats », poursuit-il.

Et l’expérience ne l’a pas déçu: « Si vous me demandiez à l’instant de repartir, je le ferais », assure-t-il. Sauf que Top Chef est très éprouvant, physiquement et mentalement. « Ce sont des journées assez longues et on est loin de nos proches durant de nombreuses semaines. On n’a pas nos téléphones sur nous pendant les épreuves et quand on a fini de tourner, il est souvent trop tard pour appeler nos familles. Ça, c’est très difficile. Il faut un mental d’acier pour aller loin dans le concours. »

Cuisiner devant les caméras fut également un défi de taille pour Kevin, qui n’avait aucune expérience en la matière. Le chef belge admet qu’il a dû s’ajuster. « La télévision, ce n’est pas évident. Il y a des caméras partout, on ne sait pas où donner de la tête. Au fil des tournages, on apprend à travailler avec les caméras. Ou plutôt à ne plus les regarder ni même les voir (sourire).«  Par contre, contrairement à d’autres candidats – s’estimant lésés par le montage -, Kevin Roquet juge le programme fidèle à la réalité: « Honnêtement, je trouve que l’émission est à l’image de ce qui se déroule pendant les tournages. On ne peut échapper au montage, évidemment. Il est impossible de tout montrer. Mais les épreuves sont à l’identique. Sincèrement ».

Sans aucun regret, Kevin se félicite de son parcours. « J’ai pris confiance en moi et suis reparti avec un esprit plus ouvert sur la cuisine. J’ai repris le travail l’esprit serein », assure-t-il. « Je garde d’excellents souvenirs de mes relations avec les jurés et les autres candidats. J’ai été très touché de voir que tout le monde était ému par mon départ. Que cela soit mes anciens concurrents ou le jury », commente-t-il. « Evidemment, certains m’ont plus marqué que d’autres. Thomas et Franck m’ont impressionné. Ils ont une technique extraordinaire et accomplissent un travail incroyable que nous autres serions incapables de réaliser, même avec le double du temps. Les chefs Michel Sarran et Philippe Etchebest m’ont également marqué. Ce sont des personnes extraordinaires. Ils ont le cœur sur la main et sont toujours prêts à distiller aide et conseils. »

Quand les projecteurs s’éteignent

Débordé par son travail en cuisine, Kevin Roquet a très peu de temps pour se retourner sur son expérience télévisée. « En réalité, ma vie a très peu changé. Mais on a un peu plus de travail, c’est vrai », se réjouit-il. Qui dit émission populaire dit notoriété. Mais le chef ne semble pas déboussolé par cette attention soudaine. « Bien sûr, certaines personnes me reconnaissent en rue. La plupart n’osent pas m’aborder, par respect. Ceux qui le font sont toujours polis et encourageants. Et, au restaurant, je passe en salle après le service. Les clients sont contents de me voir. Je signe des photos et des autographes. Les gens sont très sympathiques. Quant aux commentaires négatifs… J’en reçois, notamment via les réseaux sociaux. Mais je n’y prête pas attention, j’estime que c’est l’œuvre de jaloux. Je n’ai de toute façon pas de temps à consacrer à ce genre de choses », explique-t-il sereinement.

« L’émission est réellement à l’image de ce qui se déroule pendant les tournages.

Surfant sur la popularité de l’émission, Kevin et ses collègues diffusent chaque mardi l’émission à La Gastronomie du Mayeur. « On propose aux clients de regarder Top Chef et on sert le plat que j’ai préparé durant l’émission précédente. Cela fonctionne très bien, c’est complet tout le temps », explique le passionné de gastronomie. « Cela se poursuivra jusqu’à la finale, même si j’ai été éliminé. On restera dans la thématique de l’émission en proposant les plats que j’aurais réalisés si j’avais participé », précise-t-il. Top Chef offrirait donc de beaux débouchés? « C’est difficile à dire maintenant, relativise Kevin. Je l’espère mais je pense qu’il faudra attendre quelques mois afin d’évaluer les retombées à long terme. Après Top Chef, on m’a proposé du travail. Mais j’ai refusé, je suis bien où je suis. Je reste fidèle à mon patron et mentor. D’autre part, je n’envisage pas de poursuivre une émission en télévision. J’ai envie de rester derrière mon fourneau. Je quitterai mon boulot actuel quand je pourrai réaliser mon rêve, c’est-à-dire ouvrir mon propre restaurant, moderne et gastronomique. Je l’imagine assez intimiste, avec une trentaine de places maximum. Mais cela ne se réalisera pas avant deux ou trois ans. Je dois encore mettre de l’argent de côté et acquérir de l’expérience. »

Un travail éprouvant

Le métier de chef est extrêmement exigeant. Il demande un investissement presque permanent et est extrêmement énergivore. Le récent suicide de Benoît Violier, qui était à la tête du Restaurant de l’Hôtel de Ville (en Suisse), et celui de Bernard Loiseau, le chef de l’hôtel-restaurant La Côte-d’Or (en France), en 2013, illustrent la pression démesurée que supportent les chefs, surtout ceux qui doivent défendre leurs étoiles. « Il faut être bien entouré, assure Kevin Roquet. Si ce n’est pas le cas, on ne saurait pas avancer. Et alors, la dépression guette. C’est un métier très difficile, il ne faut pas le cacher. J’assure jusqu’à 80 heures de travail par semaine. Et des heures où l’on ne reste pas en place: on est toujours sur nos pieds, on court tout le temps. Il m’arrive de dormir deux heures par nuit. Et il n’est pas aisé d’avoir une vie privée, j’y parviens uniquement parce que ma compagne travaille à mes côtés », avoue le cuisinier. « Mais ce n’est pas grave, je passe au-dessus de toutes ces contraintes. Parce que je sais pourquoi je travaille: ma passion. Je ne me lève jamais avec les pieds de plomb. Le jeu en vaut la chandelle », conclut-il.

TOP CHEF

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