Des justiciers du net pas si bienveillants

Suite au suicide de Madison Wintgens, une ado victime de harcèlement, le groupe de hackers "Down-Sec" a révélé l'identité de ses présumés harceleurs. Au risque de mettre leur vie en danger.

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Quand les pirates informatiques du groupe « Down-Sec » bloquent plusieurs sites web d’organismes publics afin de pousser le gouvernement à lutter contre le harcèlement, ça fait sourire. Et même si le hacking est illégal, on se dit que c’est une bonne chose de forcer un peu la main des décideurs. Mais fallait-il vraiment que « Down-Sec » révèle les noms, adresses et photos des supposés harceleurs de Madison Wintgens, la jeune liégeoise de 14 ans qui s’est donné la mort après avoir été, si on en croit sa lettre d’adieu, harcelée? D’après Edouard Delruelle, professeur de philosophie morale à l’ULg interviewé par le journal Le Soir, rien ne peut justifier un tel agissement. L’enquête officielle n’ayant pas encore abouti, il est impossible d’être certain de l’identité des coupables.

Et quand bien même « Down-Sec » aurait raison, est-ce réellement utile de chauffer des internautes déjà scandalisés par cette affaire, en mettant l’intégrité physique et morale de mineurs d’âge – désormais sous protection policière – en danger? « Nous n’avons pas divulguer les adresses pour que quelqu’un fasse justice soi-même mais pour que leur entourage et leurs connaissances sachent ! », a expliqué « Down-Sec » sur Twitter. Cela n’empêche pas les dérives. Il n’y a qu’à se rappeler de la révélation du groupe Anonymous, dévoilant une liste de 500 noms de soi-disant pédophiles belges et luxembourgeois. Un élu politique local flamand avait même été contrant de démissionner! Les autres ont dû se justifier auprès de leur famille.

« Si des choses illégales se produisent, quoi que ce soit, c’est à la police d’agir », avait à l’époque réagi le porte-parole de l’association de protection des enfants Child focus Dirk Depover dans plusieurs médias. Certes les Edward Snowden, Julien Assange et autres Bradley Manning,  ont, eux, pu révéler parfois des choses essentielles. « Ils contribuent à améliorer la démocratie », avoue Edouard Delruelle.  Sauf que les hackers œuvrant dans le champ politique en ciblant les États n’ont rien à voir avec les vengeurs masqués qui se livrent à « des actes de droit commun en s’attaquant aux particuliers ». Même si les premiers font sans doute rêver les seconds…

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