Benoît Poelvoorde: « Je suis resté un plouc »

Même s’il parle régulièrement de retraite, Benoît Poelvoorde s’agite encore sur tous les fronts.

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Dans Saint-Amour, Benoît Poelvoorde incarne le fils de Depardieu. « On a ri, tu ne peux pas savoir! Gégé est la personne qui me fait le plus rire au monde. On a fait bien plus que ce qu’il y avait dans le scénario, beaucoup d’impro… Je l’adore depuis un bon moment, maintenant. »

Vous vous souvenez de votre première rencontre avec Depardieu?

Benoît Poelvoorde – C’était il y a une dizaine d’années, dans le bureau de son agent. Je voulais lui proposer le rôle principal d’un scénario que j’étais en train d’écrire. Cela devait s’appeler Le gros et moi. Depardieu devait y tenir son propre rôle. Il a pris le temps de m’écouter alors qu’il n’était pas franchement obligé. J’étais très intimidé. J’avais très peur. J’avais répété mon laïus. Il n’empêche que je me suis totalement emmêlé les pinceaux. Finalement, le projet ne s’est jamais monté mais nous sommes restés potes. On s’est souvent croisés depuis. Tant sur les plateaux qu’en dehors.

On définit volontiers Depardieu comme un « bouffeur de vie ». Vous confirmez?

B.P. – Gérard, c’est effectivement quelqu’un qui dévore la vie, donc il s’impose à l’image aussi. Il n’a pourtant rien d’un ogre. Il ne mange pas les autres, au contraire. Il est très délicat, élégant, respectueux. On le dit imprévisible, mais c’est pour lui une forme de liberté. En effet, on ne sait jamais ce qu’il va faire mais il ne fait jamais tout à fait n’importe quoi. Son but n’est pas de déstabiliser la personne qu’il a en face de lui. En un sens, c’est un enfant. Il aime rire et il reste curieux de tout. Il est très cultivé et se nourrit de tout. Il ne peut pas s’empêcher d’aller à la rencontre des autres: un figurant, un technicien… sur tout un tas de sujets. À travers lui, les choses prennent une dimension insoupçonnée. Par exemple, il peut expliquer dans les moindres détails la façon de tuer un petit cochon de lait et parvenir à te passionner! Il a un truc unique, comme il n’y en a qu’un par siècle. Beaucoup de gens sont dans l’introspection et craignent l’ouverture. Gérard, c’est tout l’inverse.

Qu’est-ce qui vous attire dans l’univers de Kervern et Delépine?

B.P. – J’ai toujours trouvé le cinéma de Benoît et Gustave très original parce qu’il a quelque chose de complètement à part. Ils créent des personnages que l’on pourrait croiser dans un supermarché et en même temps ils en font des poètes. C’est un mode de construction qui me plaît beaucoup. C’est comme partir d’une petite mélodie pour créer une grande chanson, c’est le même type de mécanisme. Ces mecs sont restés des populos. Ils n’ont jamais changé de classe sociale…

En vingt ans de carrière, si vous avez forcément changé de classe sociale vu vos revenus d’acteur, avez-vous trahi vos origines populaires pour autant?


B.P. – Non! Je suis resté un plouc. Les acteurs sont des parvenus. Ils veulent singer les riches. Mais vous aurez beau avoir la même voiture qu’un riche, vivre dans les mêmes hôtels, sortir avec les mêmes femmes, vous êtes un plouc et vous resterez un plouc. Les riches sont les riches et resteront les riches. Moi, je considère que j’ai une chance inouïe: je continue à faire la fête avec mon garagiste. Et c’est comme ça que je m’amuse le plus.

Bref, le cinéma ne vous manquera pas quand vous arrêterez?

B.P. – Non. Comme vous savez, j’y ai déjà souvent pensé. Mais je n’y arrive pas. Et ce n’est pas une question de pognon. En fait, je suis dans la peau du type qui cherche à quitter une soirée et à qui les autres convives disent: « Mais reste, reste encore un peu! » Alors je reste…

Retrouvez le portrait de Gérard Depardieu dans le Moustique du 2 mars.

Saint-Amour

Réalisé par Benoît Delépine et Gustave Kervern. Avec Gérard Depardieu, Benoît Polevoorde, Vincent Lacoste – 101’.

Septième long métrage de Benoît Delépine et Gustave Kervern, Saint-Amour tourne à nouveau autour d’une proposition cinématographique pleine d’audace. De la part d’un duo de réalisateurs qui détonne avec bonheur dans le paysage plutôt sage du cinéma hexagonal. C’est une bouteille de vin qui donne son titre au film. Le saint-amour… Breuvage qui parsème le périple d’un père (Depardieu), de son fils (Poelvoorde) et d’un chauffeur de taxi insupportable de prétention embarqué dans l’aventure (Vincent Lacoste). Au cours d’un road-movie frenchie toujours original, déjouant les attentes et empruntant des chemins à l’image de ses héros: cabossés. Surprendre, au cinéma, c’est déjà sortir le spectateur de sa zone de confort et justifier le prix du ticket. Pas si fréquent de nos jours. Et si Kervern et Delépine ne soignent pas le rendu final (texture, éclairage, mise au point… tout est bâclé ici), le vent de liberté qu’ils transportent de film en film n’en finit pas par contre pas de souffler. Et balaie les quelques réserves rencontrées en chemin. Donnant envie de trinquer à la santé de ce cinéma qui pratique le hors-piste, sans pour autant sortir de la route.

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