Quel zoo, cette télé

Vitrines d’une tendance qui traverse notre société, les émissions animalières se multiplient et jouent sur des registres nouveaux. A l’aspect affectif, ces magazines ajoutent les questions d’écologie et la conscientisation aux droits des animaux.

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Si la télévision sert à quelque chose, c’est bien à refléter notre société. Symboles d’une télévision en pleine mutation, les programmes animaliers ont énormément évolué en deux décennies. Il est loin le temps où 30 millions d’amis se posait en seule référence en la matière. Exit les trois heures à suivre le lion dans la savane avec, en fond sonore, une voix monocorde et anesthésiante qui décrit les moindres gestes du fauve. « Ce n’est plus juste du spectacle, comme on pouvait le proposer il y a vingt ans, explique Tanguy Dumortier, présentateur du Jardin extraordinaire et réalisateur de plusieurs documentaires animaliers. Je pense que les spectateurs attendent plus, aujourd’hui. Ils souhaitent des clés pour comprendre la nature qui les entoure. C’est un énorme changement dans la mentalité. » Ce n’est plus un secret, l’écologie est un des enjeux capitaux de ce siècle. Le sujet intéresse autant qu’il inquiète. Le succès des films de Yann Arthus-Bertrand (Home, Planète Océan, Terra) et très récemment le buzz autour de Demain (le tiers du budget du film – soit 450.000 euros – a été récolté grâce au crowfunding) en est la preuve. Dans une société occidentale où beaucoup vivent coupés de la nature et où l’on souffre trop souvent de solitude, la présence d’un animal de compagnie comble certains manques affectifs. Elle resserre les liens familiaux et facilite la communication entre les personnes. Cette évolution dans le rapport à la nature en général et aux animaux en particulier se ressent dans l’offre télévisuelle car rebondir sur les tendances est une seconde nature pour le petit écran. Les chaînes multiplient les émissions avec ou sur les animaux. Non seulement elles déclinent le thème à toutes les sauces (de l’immersion en milieu naturel au quotidien des vétérinaires en passant par les coulisses de parcs animaliers), mais elles jouent sur l’effet feuilleton. Chaque personnage, chaque animal devient un être familier aux téléspectateurs. Difficile, dès lors, de ne pas s’attacher…

Ces émissions qui nous font du bien

On pourrait croire le contraire, mais même à travers la télé, les animaux nous font du bien. Dans certains cas, ils aident même à la guérison psychique (leur présence est extrêmement bénéfique en cas de deuil, par exemple) mais aussi physique (ils aident à supporter des longs séjours à l’hôpital, que les victimes d’accident cardiaque possédant un animal ont plus de chances de rémission…). Les émissions sur les vétérinaires sont le prolongement télévisuel de cet attachement presque familial aux animaux: « Un tel compagnon est une échappatoire au stress quotidien, assure Cédric Brouwers, vétérinaire dans Dr Cath et Cie. C’est une façon de se retrouver. Et d’avoir de la compagnie, pour certaines personnes seules. Je pense aux personnes âgées, notamment. Il ne faut pas oublier que, pour certains, un chien ou un chat est la seule raison de se lever le matin… En ce sens, les vétérinaires sont un peu considérés comme des médecins de famille. Nous avons une importance énorme pour les maîtres ».

« Les vétérinaires sont un peu considérés comme des médecins de famille. Nous avons une importance énorme pour les maîtres. »

Des conseils rassurants

« La place de notre compagnon à quatre pattes a fortement évolué, poursuit Brouwers. Les maîtres s’inquiètent sincèrement du bien-être de leur animal. Que cela soit un animal de compagnie ou de ferme. On cherche à ce qu’il vive dans des conditions optimales et qu’il ne manque de rien. » C’est donc par empathie que le public se passionne pour les aventures du Dr Cath. Mais pas seulement… Il est aussi désireux de découvrir comment s’occuper au mieux de son animal: « Dans l’émission, on expose des méthodes vétérinaires et on explique aux spectateurs comment on aide leur animal. Je pense que, jusqu’à un certain point, on a un rôle éducatif », explique Cédric Brouwers.

En plus de divertir et d’informer, les émissions vétérinaires participent à la promotion du bien-être animal: « Les gens ont tendance à venir nous voir quand leur animal est déjà malade, conclut le jeune vétérinaire. Or, il n’y a rien de tel que la prévention. L’émission est un excellent canal en ce sens. Et puisque les gens sont concernés par le bien-être de leur animal, il suive nos interventions avec intérêt. Quelque part, ils ont l’impression qu’on les aide à mieux s’occuper de leur compagnon ». 

La suite du dossier dans le Moustique du 24 février 2016

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