JoeyStarr « Si à mon âge je ne me fais pas plaisir… »

Inattendu et incontrôlable, lui? Sa mauvaise réputation ne l’a pas empêché d’entrer dans la Nouvelle Star et de réveiller un banc des jurés qui s’endormait.

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On ne l’attendait pas là, ça fait un bien fou. Intronisé juré dans Nouvelle Star, JoeyStarr complète les rangs composés d’André Manoukian, Sinclair et Elodie Frégé. Une très bonne idée pour certains, street credibility oblige. Une très mauvaise pour d’autres, surtout quand on connaît les coups de sang du bad boy de NTM. Mais s’il ouvre souvent grand la gueule, le Jaguarr peut aussi se mettre à ronronner. Les candidats, les temps morts, NTM, son public, les attentats de Paris, JoeyStarr a le verbe facile. Rencontre.

Vous avez testé toutes les formules possibles ou presque dans le showbiz, carrière solo, duo avec NTM et maintenant Nathy…

JoeyStarr – La prochaine fois je ferai un gang bang. (Il se marre.)

 

C’est clair que vous semblez aimer toucher à tous les genres. On vous retrouve au cinéma aussi, au casting de la série Dix pour cent et aujourd’hui juré dans Nouvelle Star. Vous voyez un point commun entre tous ces cercles?

JoeyStarr – Je ne réfléchis pas trop à ça. Je fais ce que j’ai envie de faire. Si à mon âge je ne me fais pas plaisir, ça ne sert plus à rien d’aller de l’avant. Je vis encore la musique comme un luxe et j’essaie d’en profiter. La Nouvelle Star, ça peut paraître étonnant dans les faits, mais j’ai une certaine légitimité à en être puisque je suis auteur-compositeur-interprète-producteur. Je sais de quoi je parle. C’est clair que je suis confronté à des genres et à des styles différents, mais j’aime la musique dans sa globalité, l’album « Caribbean Dandee » que je viens de sortir avec Nathy le prouve bien. Pierre Mathieu, qui est l’un des producteurs de la Nouvelle Star, me connaît bien, il est venu me chercher pour cette pluralité.

Comment on tue le temps entre les prises, dans ce genre de programme? Manoukian vous décrit comme un « camarade turbulent et extrêmement joyeux », ça vous convient?

JoeyStarr – Totalement. J’ai un peu remué le train-train. Sur le plateau, je dis des conneries, j’en fais aussi beaucoup… Et puis je bois. Ce qui explique sans doute pas mal de choses. On a énormément d’instants récréatifs dans ce programme, d’autant qu’entre musiciens, on sait comment s’amuser: le feeling est passé assez vite. Au bout de deux heures, c’était parti, on a commencé à déconner.

« Je suis assez sincère dans ce que je fais pour ne pas avoir à faire des risettes. »

Et avec les potentielles nouvelles stars, le feeling est passé aussi? Certains candidats ne devaient pas être à l’aise devant vous…

JoeyStarr – J’ai entendu des choses intéressantes, mais je ne suis pas là pour me lier avec les candidats. D’autant qu’on a vu des gens qui semblaient super-intéressants à la base et qu’on n’avait plus du tout envie de voir deux semaines après. D’un seul coup, avec un groupe, ils n’arrivaient plus à rien donner: on doit les virer. Dans ce genre de programme, on n’a pas le temps de s’enticher de quelqu’un.

Vous êtes très actif sur Instagram, où vous postez pas mal de punchlines. Qu’est-ce que ça change, pour vous, d’être en contact direct avec votre public?

JoeyStarr – Déjà, ça m’inspire pas mal. Je crois que tout ça va bientôt ressortir dans un morceau. Et puis, moi qui n’ai jamais de ma vie ouvert un sac de lettres de fans, c’est clair que ça me change. On me dit de ne pas répondre, mais je le fais quand même avec des hashtags, ça fait tout passer #ilnyapasdagepouretreunfilsdepute. Ce que je suis, ce n’est pas important. Je suis assez sincère dans ce que je fais pour ne pas avoir à faire des risettes. L’hystérie autour de moi, ça ne me rassure pas. Ce n’est pas bon pour la tête d’un seul homme, quand tu te balades et que les gens sur ton passage disent tous « Ave César », tu risques de péter un plomb. Certains artistes sont déjà fragiles et cette ovation permanente peut faire vaciller encore plus. Donc j’essaie de composer sans.

Cette image de grande gueule que vous aimez entretenir, est-ce que ce n’est pas surtout une manière de vous protéger?

JoeyStarr – Si, sûrement, c’est pour éviter qu’on me fasse chier. Qu’on ne me pose pas de questions auxquelles je n’ai pas envie de répondre. L’exercice de promo est parfois avilissant, ça donne l’impression de faire du porte à porte. Ce n’est pas évident de se livrer comme ça, devant des journalistes que tu n’as jamais vus. Certains se posent devant toi et parlent de toi comme s’ils avaient tout compris, alors qu’ils n’ont strictement rien pigé. Dans ce cas-là, le cynisme est une bonne arme: on peut toujours me classer dans la case des connards, ‘y a pas de souci, c’est moi qui l’ai créée.

Il y a presque vingt ans, vous sortiez Laisse pas traîner ton fils avec NTM, un morceau qui sonnait comme une mise en garde. Un titre qui prend encore plus d’ampleur aujourd’hui…

JoeyStarr – Je ne me suis jamais pris pour un prédicateur, si des chansons avaient dû changer la face du monde, Dylan et les Beatles l’auraient fait bien avant nous. Mais c’est clair que des paroles comme celles de Kool Shen qui disaient « Laisse pas traîner ton fils, le laisse pas chercher ailleurs l’amour qu’il devrait y avoir dans tes yeux« , pourraient tout à fait sortir en 2016. Aujourd’hui j’ai des enfants, je vais nettement mieux qu’à l’époque de NTM, mais je suis toujours à l’écoute de ce qui se passe autour de moi et l’escalade de la violence m’hallucine. C’est vertigineux, c’est extrêmement flippant. Je n’arrive pas à me rentrer dans le crâne qu’il y a des jeunes qui partent en Syrie de façon bucolique, comme s’ils allaient s’acheter des Nike chez Decathlon. Je ne connaissais aucune des victimes des attentats du 13 novembre, mais ça ne m’a pas empêché d’être touché au cœur, déstabilisé. Nous sommes Français, ça marque. L’état d’urgence est proclamé partout, il a un peu baissé pour moi évidemment, mais j’ai l’impression d’avoir grandi avec cette tension.

« Caribbean Dandee » – Pias

 

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