Ave Cesar: Crise de foi!

Les frères Coen reviennent avec Ave, César!, une satire jouissive de l’âge d’or des studios hollywoodiens. Un pur plaisir de cinéma.

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Foisonnante et colorée, la grande époque des studios a souvent inspiré le cinéma contemporain, d’Aviator de Martin Scorsese au récent My Week With Marylyn. Iconoclastes et cinéphiles, les frères Coen renouent avec la veine satirique de O’Brother ou Intolérable cruauté pour peindre l’envers du décor hollywoodien des années 50, à une époque où les vedettes en cure, les communistes et les homos étaient dans le collimateur d’une même chasse aux sorcières généralisée. Le fil rouge de l’histoire, c’est quelques jours dans la vie d’Eddie Mannix (génial Josh Brolin), fixeur de Hollywood engagé par les studios (fictifs) Capitol Pictures pour débrouiller les problèmes des stars (le principal hic étant en général leur bêtise crasse). Le nœud de l’intrigue surgit avec la disparition de l’acteur Braid Whitlock (George Clooney, palme du drôle), vedette d’un péplum colossal avec un titre en forme de pastiche (Ave, César!, une histoire du Christ).

Moquant dans un premier temps les velléités deHollywood de parler de religion avec profondeur (extraordinaire scène de débrief œcuménique où Mannix rassemble un rabbin, un prêtre catholique et un orthodoxe pontifiant sur la représentation du Christ à l’écran), l’affaire se déploie en de multiples sous-histoires, où chaque vedette est prétexte à la satire.

On suit avec un plaisir de cinéphile immense le « transfert » d’un acteur de western maniant le lasso mieux que le dialogue (excellent Alden Ehrenreich, mâtiné de Montgomery Clift et James Dean), débarquant dans une production classieuse digne de Sir Laurence Olivier (très bon Ralph Fiennes, subjugué par les défauts de prononciation de son acteur). Débordé (et lui-même adepte de la confession), Mannix court aussi après une Marilyn bis (Scarlett Johansson) lassée de tourner dans des ballets aquatiques en queue de sirène, dont la grossesse non désirée doit être dissimulée par le studio en mal de réputation. Ou après un Gene Kelly de pacotille (Channing Tatum) évoluant dans des comédies musicales crypto-gays.

On adore la manière dont les Coen jouent avec les images des grandes vedettes d’antan comme avec les capacités physiques de leurs acteurs. Cernant aussi les débuts de la presse people (très bonne Tilda Swinton dédoublée en sœurs jumelles s’arrachant les premiers gossips) que la séduction des idées communistes sur les scénaristes hollywoodiens (extraordinaire scène de brainstorming coco, où Clooney poursuit en beauté la « trilogie des idiots »  entamée avec O’Brother ou Burn After Reading). Ou les aléas technico-burlesques du montage à l’ancienne (mythique Frances McDormand de Fargo). Enchaînant les scènes d’anthologie comme les perles, Ave, César! est sans doute l’un des meilleurs films des frères Coen. Ave eux donc.

> AVE, CESAR!, réalisé par Joel et Ethan Coen. Avec Josh Brolin, George Clooney, Alden Ehrenreich – 100’.

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