La grande Charlotte dans 45 Years

Nominée aux Oscars pour son rôle émouvant dans 45 Years, Charlotte Rampling distille plus que jamais l’élégance de son mystère.

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Septante ans serait-il l’âge des possibles pour Charlotte Rampling? Icône du cinéma européen, l’actrice au regard de panthère planqué sous ses paupières lourdes semble avoir atteint la plénitude de son talent. Ours d’argent de la meilleure actrice au dernier festival de Berlin, la star énigmatique des Damnés de Visconti ou du sulfureux film SM Portier de nuit des années septante, se révèle encore plus forte à l’âge mûr, notamment depuis Sous le sable de François Ozon.

Dans 45 Years du Britannique Andrew Haigh, elle est Kate, professeur à la retraite qui s’apprête à célébrer ses 45 ans de mariage avec Geoff (formidable Tom Courtenay, également Ours d’argent du meilleur acteur pour ce rôle), lorsqu’une lettre surgie du passé vient bouleverser leur quotidien tranquille. Le corps de l’ancienne fiancée de Geoff, disparue dans un accident d’alpinisme 50 ans plus tôt, vient d’être retrouvé. Tiré d’une nouvelle anglaise, le film utilise surtout ce prétexte d’outre-tombe pour explorer les regrets d’un couple, et sonder ses derniers mystères. Moins féroce que Michael Haneke dans Amour, le quadragénaire Andrew Haigh raconte moins les ravages de l’âge que la vitalité sentimentale d’un couple d’âge mûr. Tâche passionnante s’il en est que de se laisser envahir par les errances d’un cœur de 70 ans, naviguant entre la force de l’habitude, la source intarissable des doutes, l’acceptation nécessaire du mystère de l’autre. Son vide parfois. Le tout porté par l’élégance grave et profonde de Charlotte Rampling.

Etalé sur une semaine dans les brumes de la campagne anglaise, le film est surtout raconté du point de vue de Kate, et se regarde aussi comme un très beau portrait de femme. Se nourrissant à travers l’écran de l’aura mélancolique et retenue de l’actrice, des fantômes dont elle est elle-même traversée et qu’elle a racontés dernièrement dans une autobiographie en forme de poème, Qui je suis (Grasset), rendant notamment hommage à sa sœur disparue. C’est donc Charlotte Rampling qui insuffle à ce 45 Years son rythme grave et doux, offrant des moments de magnifique sincérité (la scène où elle joue au piano) et d’émotion envahissante comme seuls les grands acteurs savent le faire. La Cinémathèque de Bruxelles donne d’ailleurs à voir une rétrospective de ses films, rappelant sa scandaleuse beauté seventies, ses rôles limites (dans Max mon amour, elle tombait amoureuse d’un chimpanzé) et sa carrière internationale (du néo-réalisme italien à Alan Parker ou Lars von Trier). La désignant comme l’une des actrices les plus aptes à sonder les méandres de l’âme humaine. Quel que soit l’âge.

> 45 YEARS, réalisé par Andrew Haigh. Avec Charlotte Rampling, Tom Courtenay – 94’.

> CYCLE CHARLOTTE RAMPLING, jusqu’au 27/2. Cinematek de Bruxelles. www.cinematek.be

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