L’égalité… de gré ou de force

Le festival d'Angoulême et les Oscars ont remis sous les projecteurs la sous-représentation des Noirs ou des femmes dans nos sociétés. La Belgique, elle, tente de combattre ce genre d'inégalité en imposant certains quotas. Une victoire truquée?

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« On ne peut pas toujours se servir de la vieille excuse: on ne peut pas trouver de candidats qualifiés… Ce sont des conneries ». La phrase, véhémente, est de Spike Lee, le réalisateur américain connu pour ses prises de position tranchées sur les questions identitaires. Il fustige ici l’absence d’acteur ou d’actrice noirs au sein des nominés pour les Oscars. C’est que les chiffres sont éloquents: 94 % des votants pour décerner la très disputée statuette sont blancs, 75 % sont des hommes.

Plus près d’ici, en Charente, Angoulême, le temple de la bande dessinée, a aussi essuyé sa tempête polémique. Cette fois-ci sur l’autre versant de la discrimination: le genre. Sur les trente auteurs nommés pour le fameux Grand Prix, aucune femme. Des pointures de la BD nominées pour le graal des cases sont allées jusqu’à se retirer de la course, en signe de protestation.

Peut-être les jurys des Oscars ou d’Angoulême devraient-ils à l’avenir s’inspirer de certaines mesures déjà en vigueur en Belgique… Chez nous, dans une démarche de « discrimination positive », la loi réserve dans certains types d’institutions ou d’entreprises un nombre de places de façon exclusive à un groupe social donné. Au moyen de quotas, c’est-à-dire un pourcentage, une quantité déterminée et imposée. « Un quota se présetne comme un objectif chiffré à atteindre, explique Patrick Charlier, directeur du Centre pour l’égalité des chances. Comme par exemple le quota qui impose d’atteindre 3 % de personnes handicapées dans les administrations fédérales. Ou celui qui assure, sur les listes électorales, la parité entre les hommes et les femmes. »

En Belgique, une partie non négligeable du travail législatif sur les quotas concerne l’égalité entre les sexes. Cela fonctionne-t-il? Prenons d’abord la politique. En 1994, la loi Smet-Tobback oblige d’avoir au moins un tiers des femmes, mais sans place précise, sur les listes électorales. Le nombre de femmes parlementaires fédérales passe de 16 % à 25 % entre 1995 et 1999. En 2002, une nouvelle loi, plus contraignante encore, impose un nombre paritaire de candidats des deux sexes, mais aussi au moins une femme aux deux premières places. En 2014, plus de 40 % des parlementaires fédéraux sont des femmes…

Toutefois, Annie Cornet, responsable des études sur le genre et la diversité en gestion à l’Université de Liège, considère que d’autres solutions auraient pu être envisagées. « Un examen pour les administrateurs, notamment, afin de s’inscrire dans un processus plus objectivant et plus ouvert. Cela favoriserait la diversité. Au Canada, il y a des formations pour des postes dans les C.A. Ainsi, si vous êtes une femme, certifiée par un organisme, on enlève le doute qui revient toujours: celui de la réelle compétence des personnes qui auraient « profité » d’un quota. »

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