Chômeurs, les « abandonnés » de la Sécu…

La Sécurité sociale nous protège-t-elle mieux ou moins bien qu'en 1980? Si les soins de santé et les pensions tirent leur épingle du jeu, le chômage a été "étranglé" ces 40 dernières années. Et ce n'est pas fini.

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Dépenses en baisse

À la différence des pensions et des soins de santé (dont les dépenses augmentent lentement), les budgets destinés aux chômeurs ont tendanciellement baissé depuis les années 80, selon le sociologue de l’ULB Daniel Zamora, auteur de la thèse « De l’égalité à la pauvreté » (2015) (voir graphique).

 

Moins « bien » qu’en 1980!

Dans les années 1970, les allocations de chômage étaient illimitées et liées au salaire brut. C’est à cette époque qu’on introduit une distinction entre « chef de ménage » (60 % du salaire brut) ou non (40 %). À partir des années 1980, on « familialise » les allocations (isolé, cohabitant), et le lien entre l’indice des prix et le montant des salaires est plusieurs fois revu à la baisse. Si bien que le taux de remplacement (rapport de l’allocation avec le dernier salaire) est en baisse constante depuis la fin des années 1970 (voir graphique 2). « En 1985, moins de 1 % des Belges étaient des « chômeurs sans allocations de chômage », écrit Daniel Zamora. Trente ans plus tard, cette proportion a doublé et leur risque de pauvreté a presque triplé. »

Parallèlement, depuis quelques années, on a installé des politiques d' »activation ». Ce qui traduit, selon l’économiste Philippe Defeyt, une vision de plus en plus « américaine » de responsabilisation individuelle. Un changement de paradigme: nous sommes sortis de l’ère où l’indemnité de chômage était un droit pour tous, pour entrer dans une vision où elle devient une « faveur », accordée aux plus méritants seulement.

 

L’issue de secours: le CPAS

Aujourd’hui, au bout de quatre ans maximum, les chômeurs sont exclus et se retrouvent, le plus souvent, au CPAS dont les dépenses explosent, au grand dam des communes, qui les financent. « Au départ, l’assistance publique, le CPAS, c’est  l’extrême roue de secours, qui ne doit toucher qu’une toute petite minorité de personnes, explique Philippe Defeyt, qui est aussi président du CPAS de Namur. Mais aujourd’hui, leur nombre a augmenté et l’évolution du système fait que, dans les faits, les plus faibles sont mieux au CPAS que dans la Sécurité sociale. » Selon lui, même si la pression et l' »activation » existent dans les CPAS, la plupart d’entre eux offriraient plus de latitude que l’Onem à leurs bénéficiaires en termes d’encadrement, de formations, de reprise des études. « D’ailleurs, certains s’en rendent compte et passent volontairement du chômage au CPAS », témoigne Philippe Defeyt.

 

Et demain?

On peut s’attendre à une logique d’allocations de chômage de moins en moins assurancielle (en rapport avec ce que l’on a cotisé) et de plus en plus « assistancielle », forfaitaire, dégressive et limitée dans le temps.

 

Retrouvez notre dossier complet « Soins de Santé, chômage, pensions: Moins progétés qu’hier » dans Moustique.

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