USA: La victoire des anti-système

On attendait Donald Trump et Hillary Clinton. On a surtout parlé de Ted Cruz et Larry Sanders, deux candidats anti-système. Qui sont-ils? Et jusqu'où iront-ils?

sanderscruz

En Iowa, la campagne présidentielle américaine a débuté. Du moins, le tour préliminaire: il s’agit d’abord de déterminer quel candidat républicains et démocrates enverront s’affronter dans la course à la Maison Blanche. Ça s’appelle les primaires, et ça se joue État par État. Premier étape, l’Iowa, qui ne pèsera pas lourd dans la balance finale, et qui, avec ses trois millions d’habitants à 99% blancs n’est en rien représentatif de la nation. Pour autant, c’est là que s’établissent les premières dynamiques, que les candidats précisent leurs profils médiatiques de « winners » ou « losers ». Et que l’on peut mesurer l’écart entre les sondages et la réalité électorale.

C’est là, par exemple, en Iowa, que Hillary Clinton s’était fait battre par Barack Obama en 2008, à la surprise générale. Et qu’on a vu qu’il n’était pas impossible que les Américains élisent un Noir à Washington. On connaît la suite… Huit ans plus tard, la femme de Bill a cette fois gagné. Mais d’un cheveu. Dans six bureaux de vote, elle et Bernie Sanders, son proche poursuivant, ont obtenu un nombre de voix identiques et ont été départagés… à pile ou face. Six fois, le sort a tourné en faveur d’Hillary Clinton. 

A gauche, un socialiste contre Wall Street

Mais c’est évidemment du score étonnant de Bernie Sanders qu’on a parlé. Étonnant parce que ce sénateur du Vermont, à 74 ans (6 de plus que Clinton) est infiniment plus populaire que sa rivale auprès des jeunes de l’électorat démocrate. Et, surtout, parce qu’il n’hésite pas, dans un pays où le terme relève encore souvent de l’insulte politique, à se réclamer du « socialisme démocratique ». Selon une analyse du Monde, il faut voir dans le succès de Sanders une réponse à la trop grande complaisance du parti démocrate face au “Big Business » et au monde de la finance, là où Sanders défend les classes moyennes et refuse pour financer sa campagne les donations – et les diktats – des grandes entreprises. Cela durera-t-il? Pas sûr. Sanders gagnera vraisemblablement dans le New Hampshire la semaine prochaine. Après, Clinton remportera notamment la Caroline du Sud et le Nevada, et ne devrait plus quitter la tête. Sauf que c’est plus ou moins ce scénario, écrit un peu vite, qu’on évoquait pour elle en 2008… 

A droite, Dieu tranchera 

Côté républicain, la logique est la même mais le résultat plus concret. C’est Ted Cruz, le sénateur du Texas, qui a devancé Donald Trump, pourtant favori des sondages. Tant Cruz que Trump montrent que le parti républicain est, lui aussi, coupé de ses bases. Le premier est issu du Tea Party, mouvement né d’une révolte des classes moyennes conservatrices abandonnées par Washington, mais aussi par une droite classique affairée à consolider les privilèges des plus favorisés. Le second est un chien fou, dont l’idéologie politique est plus que floue, mais qui fait campagne avec son propre argent et ne s’en laisse compter par personne. Sauf que Ted Cruz est beaucoup plus conservateur que Donald Trump sur les valeurs religieuses et morales. Et que, notamment dans le très pieux Iowa, c’est loin d’être un détail. Ted Cruz peut-il convaincre au-delà de l’électorat religieux? Il est bien trop tôt pour tirer des conclusions. Mais s’il est une leçon à tirer des primaires de l’Iowa, c’est que la campagne électorale 2016 est manifestement celle du ressentiment des milieux populaires. Et qui peut dire où et quand frapera le prochain accès de colère des électeurs américains? 

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