François, le pape « d’en bas »

Le souverain pontife fait paraître son premier livre: Le nom de Dieu est miséricorde. Cet événement international interroge sur la portée de son discours. Avant-gardiste? Réactionnaire? Révolutionnaire? Extraits.

reporters_20222204_copy

Le livre paraît en support de l’Année sainte de la miséricorde qui s’achèvera le 20 novembre et remet au centre du débat catholique la notion de miséricorde en favorisant la pratique de la confession. Le dialogue entre Tornielli et François est donc rythmé par cette thématique qui, pour citer le communiqué de presse, « devrait parler à toutes les âmes – à l’intérieur de l’Eglise mais aussi au-dehors ». Le nom de Dieu est miséricorde n’est donc pas un livre de souvenirs. On peut le regretter, mais l’exercice de l’autobiographie n’est pas très courant à la tête du Vatican.

De l’enfance de Jorge Mario Bergoglio, on ne saura donc rien, ce qui arrange le principal intéressé qui avoue: « Je n’ai pas de souvenirs particuliers de l’époque où j’étais enfant. Mais de mon adolescence, si ». Ces instants qui le projettent dans sa jeunesse (passée en Argentine) ne font pas état de son goût pour le football, mais de son affection pour ceux qui ont compté sur le chemin de sa foi – notamment le père Carlos Duarte Ibarra, curé de sa paroisse qui, à 17 ans, lui apprend la force de la miséricorde. De l’homme, à part qu’il est un pêcheur comme les autres, on ne saura pas grand-chose sauf qu’il a cette habitude de ne pas toujours se faire confiance dans l’instant. « Je suis naturellement porté à ne jamais me fier à ma première réaction face à une idée qui me vient ou à une proposition qui m’est faite. Je ne m’y fie jamais, parce que généralement, la première réaction n’est pas la bonne. »

On devine aussi que son métier de pape lui a confisqué ce qu’il aimait tant, le contact avec les gens, et pas seulement les fidèles. Ceux qu’il aimait retrouver en confession, acte qu’il demande à ceux qui s’y soumettent de ne pas considérer comme un « pressing »! Parmi les thèmes abordés dans le livre, on trouve des pages…

Sur la façon concrète d’appliquer la miséricorde dans notre société aux prises avec la violence et l’indifférence

« Même dans la justice terrestre, dans les normes judiciaires, une conscience nouvelle est en marche. (…) Pensons aux progrès de la conscience mondiale, en matière de refus de la peine de mort. Pensons à tout ce que l’on essaie de faire pour la réinsertion sociale des détenus afin que celui qui a commis une erreur puisse, une fois qu’il a payé sa dette à la justice, trouver facilement un travail, au lieu de rester en marge de la société. »

« Et si nous considérons notre situation, notre société, je crois que les occasions (de faire œuvre de miséricorde – NDLR) ne manquent pas, autour de nous. Face à un sans-logis au pied de notre maison, au pauvre qui n’a pas à manger, à nos voisins qui n’arrivent pas à finir le mois à cause de la crise, parce que le mari a perdu son travail, que devons-nous faire? Face aux migrants qui survivent à la traversée et débarquent sur nos côtes, comment devons-nous nous comporter? »

Sur sa pratique de la confession lorsqu’il n’était pas encore François mais Jorge Maria Bergoglio

« J’ai toujours essayé de consacrer mon temps aux confessions, même quand j’étais évêque ou cardinal. Aujourd’hui, je confesse moins, mais il m’arrive encore de le faire. Parfois, j’aimerais pouvoir entrer dans une église et m’asseoir de nouveau devant un confessionnal. »

Sur l’expérience – confortable – de la confession que le pape a comparée à un « pressing »

« C’était un exemple, une image pour faire comprendre l’hypocrisie de ceux qui croient que le péché est une tache, qu’il suffit d’aller dans un pressing pour qu’on vous nettoie à sec, et vous redevenez comme avant. Comme si on faisait nettoyer une veste ou une robe: on les passe à la machine, et le tour est joué. Mais le péché est bien plus qu’une tache. Le péché est une blessure qui doit être soignée, pansée. »

À propos de sa sortie sur l’homosexualité – « Qui suis-je pour juger? » – durant une conférence de presse le 29 juillet 2013

« J’avais dit, à cette occasion, que si une personne est gay, qu’elle cherche le Seigneur et qu’elle est de bonne volonté, qui suis-je, moi, pour la juger? J’avais paraphrasé de mémoire le Catéchisme de l’Eglise catholique, où l’on explique que ces personnes doivent être traitées avec délicatesse, et non marginalisées. Avant tout, j’aime que l’on parle de « personnes homosexuelles »: il y a d’abord la personne, dans son intégrité et sa dignité. Et la personne ne se définit pas seulement par sa tendance homosexuelle; n’oublions pas que nous sommes tous des créatures aimées de Dieu, destinataires de Son amour infini. » 

Sur le besoin de l’Eglise de sortir de ses carcans et d’aller vers les gens

« L’Eglise n’est pas là pour condamner, mais pour permettre la rencontre avec cet amour viscéral qui est la miséricorde de Dieu. Pour que cela se produise, je le répète souvent, il est nécessaire de sortir. Sortir des églises et des paroisses, sortir et aller chercher les gens là où ils vivent, où ils souffrent, où ils espèrent. »

LE NOM DE DIEU EST MISERICORDE, conversation avec Andrea Tornielli, pape François, Robert Laffont/Presses de la Renaissance, 168 p.

Retrouvez notre dossier complet dans Moustique.  

Sur le même sujet
Plus d'actualité