X-Files, bien revenu dans les années 90

Mulder et Scully font leur come-back américain le 26 janvier. Entre nostalgie rassurante et pieds dans le plat, le retour de X-Files opère en madeleine de Proust.

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L’une est rousse flamboyante, l’autre a la coupe proprette d’un présentateur de JT et tous deux chassent les extraterrestres. Sur le papier, la base de X-Files ne fait pas vraiment fantasmer, à l’heure où vampires, hackers professionnels et guerre de pouvoirs à la Game Of Thrones ont pris le contrôle du monde prolifique des séries. D’ailleurs, on les avait presque oubliés, les agents Mulder & Scully. Treize ans qu’ils avaient fait leurs adieux à la télé, après neuf saisons d’enquêtes aux frontières du réel, laissant leurs fans déçus par un final bâclé – faute de moyens de la production, qui arrivait tout doucement à la fin de son budget -, un Mulder absent et une fuite des deux héros vers le Nouveau-Mexique pour retrouver un certain Homme à la cigarette. Une date butoir aussi, celle du 22 décembre 2012, qui signait la fin du calendrier maya et l’invasion de la terre par les extraterrestres. C’était du moins la prophétie imaginée dans X-Files et laissée la gueule béante. Advienne que pourra.

Ça aurait pu s’arrêter là. Mais bonne nouvelle, on va enfin savoir si elle s’est réalisée! En effet, à moins de vivre dans une grotte, difficile d’ignorer que les agents Mulder et Scully vont reprendre du service à la fin du mois janvier, outre-Atlantique. Fox diffusera six nouveaux épisodes de la série culte de Chris Carter lancée en 1993 -et c’est assez rare pour le préciser – avec son réalisateur et ses acteurs originaux. Un retour que l’on n’attendait plus, d’autant que David Duchovny et Gillian Anderson ont tout fait pour s’éloigner de leurs rôles d’agents spéciaux. Le premier en incarnant un écrivain souvent bourré et très dépravé pour le bien du génial Californication, la seconde, devenue blonde, s’essayant au théâtre et… se faisant un peu oublier dans quelques seconds rôles. Alors, pourquoi lui accorder un remake en 2016? Sans doute pour profiter de la vague nostalgique de cette génération née dans les années 80, devenue de grands adultes à la recherche du frisson de leur adolescence. Un genre très tendance, avec la profusion des soirées « remember » à la God Save The 90’s, de la passion vinyle qui explose et des hipsters aux looks régressifs, arborant coupe en brosse et chemises d’influences nirvanesques.

Une chose est sûre, madeleine de Proust ou non, l’envie de retrouver les héros de X-Files s’affiche plus forte que jamais. Making of de vingt minutes, panneaux géants sur les immeubles new-yorkais, la saga cultive minutieusement son retour. Une ébullition d’autant plus prégnante depuis la diffusion du premier épisode de ce reboot au Mipcom à Cannes, le salon des professionnels de la télé, lors d’une séance ultra-privée. Une projection qui a enfin livré quelques secrets quant à la suite des aventures de Mulder & Scully, un cru de 13 ans d’âge. Résultat? On reprend les mêmes et on recommence. Pas question de mettre les extraterrestres au placard, et ce même s’ils sont devenus un peu ringards après la folie Roswell, Men In Black et Independence Day qui nous a fait manger des petits hommes verts jusqu’à l’overdose. Du côté du générique, pas de changements non plus. Tout reste tel quel. Espérons juste que les agents de X-Files passent enfin la première du côté de leur relation de couple, jusque-là très platonique. Quitte à insuffler un peu du déglingué Hank Moody au propret Fox Mulder.

Seule réelle évolution, le rythme de la série s’est intensifié pour correspondre à celui, plus nerveux, de 2016. C’est qu’elles en ont vu pas mal, nos mirettes, depuis l’arrêt brutal de X-Files. Effets spéciaux, retournements psychologiques, violence, scénarios fouillés et intrigues au long cours sont devenus monnaie courante au sein du monde médiatique post-onze septembre. Un retour qui profite aussi de l’avènement des séries dites « de genre ». Car si X-Files détonnait un peu dans le paysage télévisuel à l’époque du début d’Urgences, des séries policières comme New York, section criminelle ou du registre comique comme Friends, elle s’affiche désormais en tête de file des shows à succès à la True Blood, American Horror Story, Game Of Thrones ou encore The Walking Dead qui usent et abusent du surnaturel. Rien de plus normal aujourd’hui de balader le téléspectateur entre gentils vampires, antihéros et morts-vivants voraces. Alors qu’à l’époque, les agents Mulder & Scully ont été les deuxièmes personnages de science-fiction à atteindre le top 10 des audiences américaines, tous genres confondus. Ouvrant une jolie porte à tous ses successeurs. Et s’offrant surtout un très beau tapis rouge pour inaugurer son come-back.

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