Stéphane Pauwels: « Ce n’est pas facile de vivre à mes côtés »

Dans Zéro pointé, l’animateur de RTL dresse le bulletin du foot belge dans son style caractéristique: offensif et outrancier. Mais qu’est-ce qui le pousse à être encore tout énervé?

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Lorsque Stéphane Pauwels se pointe à notre rendez-vous, il a le sourire. Mais aussi une pointe lancinante à la poitrine. On ne peut s’empêcher alors de penser avec inquiétude à l’infarctus de ce workaholic il y a un an. Mais, forcément, s’énerver tout rouge tout le temps, ça ne peut pas être bon pour le cœur. Or, avec Zéro pointé, Stéphane Pauwels récidive dans le coup de sang. Ecrit avec Thibaut Roland, chroniqueur à Bel RTL et ancien assistant d’agent de joueurs, le livre est un objet hybride qui tacle des deux pieds le monde du foot belge.

Certes, l’attaque est parfois un peu rugueuse quand elle mêle faits, opinions, mais aussi rumeurs, suspicions et accusations ad hominem. Contre l’agent Mogi Bayat, par exemple, affublé du prénom « Buzz l’Eclair », « pour des raisons professionnelles et suite à des affaires plus privées. Au boulot comme ailleurs, Mogi n’a jamais l’habitude de traîner »… Mais on saluera aussi l’acharnement des deux auteurs à dénoncer le racisme latent ou les conflits d’intérêts dans nos institutions footeuses. Excessif, donc, mais doté de qualités d’empathie qui se vérifient à chaque numéro de son psy-show Les orages de la vie, Stéphane Pauwels s’est frotté avec fair-play à nos critiques et à ses propres contradictions.

Le 12 janvier 2016, la justice liégeoise a rendu un jugement interdisant la vente du livre….dans deux magasins. Cette décision un peu ubuesque ouvre cependant la porte à d’autres plaintes et jugements. C’est en effet peu dire que les personnes incriminées dans Zéro Point ont peut goûté aux révélations et attaques du trublion.

« Il ne s’agit pas d’une enquête journalistique classique mais d’avis personnels », prévenez-vous en introduction du livre. C’est vrai: vos accusations sont rarement étayées de preuves ou de sources citées.

Stéphane Pauwels – On parle de foot hein! On ne fait pas du judiciaire, on n’enquête pas sur al-Qaida. Ce sont des brèves de vie, de vestiaires et de coulisses, qui sont 100 % vraies. Tout a été recoupé et relu par un avocat, qui nous a fait retirer certains passages. Comme des infos sur le patrimoine immobilier de certains dirigeants qui n’avaient rien il y a 20 ans, se disent salariés du club à hauteur de 5.000 euros par mois, mais sont aujourd’hui à la tête de patrimoines estimés à plus de 4 ou 5 millions d’euros… Le livre a aussi été fait pour le supporter du Standard, d’Anderlecht ou de Bruges: assez simple pour qu’ils puissent comprendre le mode de fonctionnement du football belge. Et ouvrir les yeux sur le fait qu’on les prend pour des cons.

Que cherchez-vous à dénoncer en adressant un « zéro pointé » au football belge?

S.P. – Que la belle image de l’équipe nationale et ses fabuleux joueurs comme Kevin De Bruyne, Eden Hazard ou Vincent Kompany, c’est l’arbre qui cache la forêt. Les clubs manquent de transparence, les dirigeants ne sont pas compétents. Le fonctionnement du foot belge tourne autour de quatre ou cinq personnes. Des exemples? Le club de Mouscron-Péruwelz est dans les mains d’un agent de joueurs: Zahavi. Ce qui enfreint les règles de la Fifa. À Anderlecht, pour transférer, on ne peut plus passer que par un seul agent: Mogi Bayat, qui boit son café comme s’il était chez lui dans le bureau du manager Herman Van Holsbeeck. Mais encore: le président de la Ligue Pro est aussi celui d’Anderlecht (Roger Vanden Stock), et le aptron sportif à l’Union belge est le secrétaire général du même club, Philippe Collin. Ils sont donc juge et partie: pour les commissions disciplinaires, les choix de l’arbitre… Impensable ailleurs! C’est un football de copinage!

Dénoncer le « copinage » est une de vos monomanies. Mais les métiers du football, comme celui d’agent ou de recruteur par exemple, ne sont-ils pas intrinsèquement des métiers de réseautage?

S.P. – Justement, il ne faut pas confondre réseautage et copinage. Si un bon agent de joueurs a des relations privilégiées avec des présidents clean, tant mieux! Le copinage, ce sont des arrangements entre amis, où tout le monde se gave: « Tu me prends tel joueur, en échange d’une petite enveloppe sous la table, dans le dos du club »! C’est la faute de certains médias aussi. Comment fait-on pour vendre un joueur en Belgique? On passe par deux journaux… Des agents demandent à leurs copains journalistes de coter un joueur 7 ou 8 alors qu’il mérite 2. C’est un lobby.

Zéro pointé cible une personne en particulier: l’agent de joueurs Mogi Bayat.

S.P. – C’est un mec nauséabond. Un moment, ça va nous retomber sur la gueule. Faut pas se leurrer: le championnat est faussé, il a la moitié des défenses de Courtrai, de La Gantoise, d’Anderlecht… De la plupart des clubs, en fait. Résultat: il y a des matchs où tu te poses des questions…

Retrouvez la suite de notre interview dans le Moustique de ce 13 janvier

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