Alice On The Roof : « On m’a prise par la main et j’y ai cru »

Découverte à The Voice et révélée avec son tube Easy Come, Easy Go, la jeune Montoise prend de l'altitude avec son premier album "Higher". Rencontre avec la grande gagnante des D6bels Music Awards.

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Inutile de demander à Alice Dutoit quel est son chiffre préféré. Il n’y a aucun doute sur la réponse. Il s’agit du « 2 ». Ce 22 janvier, elle a publié son premier album « Higher » sous son nom d’artiste Alice On The Roof. Elle a triomphé lors de la première édition des D6bels Music Awards. Et un jour plus tard, soit le samedi 23 janvier, elle est entrée officiellement dans l’âge adulte en soufflant ses vingt et une bougies.

« Oui, ça fait beaucoup de « 2 », nous confie-t-elle lorsqu’on l’a rencontré quelques semaines avant la sortie de l’album. Ça fait aussi beaucoup de belles choses qui m’arrivent dans un laps de temps très court. J’ai parfois l’impression de vivre un rêve éveillé. C’est ce que je me disais encore il y a quelques minutes en débarquant gare du Nord, à Bruxelles: « Tu te rends compte, Alice? Tu as pris le train et maintenant tu sautes dans un taxi pour rencontrer un journaliste qui va te poser plein de questions. Pendant ce temps-là, les autres filles de ton âge préparent leurs examens, c’est dingue ce que tu vis ». »

Et c’est vrai que c’est un peu dingue ce qui arrive à la jeune artiste montoise. Sur la base d’une seule chanson, Easy Come, easy Go parue sur un EP au printemps 2015, Alice On The Roof (oui, The Roof/Le toit est un clin d’œil à son nom de famille) est devenue un phénomène. Cette ritournelle électro/pop est passée en boucle sur toutes les radios. Sans aucune expérience scénique professionnelle et surtout sans album à son actif, Alice a été invitée l’été dernier dans les grands festivals francophones (Les Nuits Botanique, Les Ardentes, Francofolies, Ronquières). Souvent réticente envers les artistes issus de la Fédération Bruxelles-Wallonie, la Flandre l’a accueillie à bras ouverts au prestigieux Gent Jazz Festival ainsi qu’à l’alternatif Pukkelpop. Après avoir rempli l’Ancienne Belgique en décembre dernier, sa prochaine tournée affiche complet partout. Un parcours impressionnant.

Même si elle n’a pas à demander pardon d’avoir été autant surexposée, la jeune fille est consciente que tout est allé très vite pour elle. Trop vite parfois. Au milieu des louanges suscitées par la fraîcheur d’Easy Come, Aasy Go, Moustique avait ainsi exprimé sa déception après une prestation d’Alice On The Roof sous le chapiteau des Nuits Botanique le 9 mai 2015 qui était plus proche de la répétition que du vrai concert. « Je ne vous en veux pas, vous aviez raison, lâche-t-elle dans un fou rire. D’ailleurs, je n’ai pas très bien dormi après cette date des Nuits Botanique. C’était un de mes tout premiers concerts. Le chapiteau était plein à craquer et je n’étais pas suffisamment aguerrie à la scène. Il n’y a pas d’école pour ça. On ne peut pas faire un « test » pour se rendre compte de « ce que ça fait de jouer devant 1.000 ou 1.500 personnes ». Il y a forcément une première fois et quand cette première fois arrive, il faut y aller. »

« Sans mon séjour en Oregon, je ne serais pas là où j’en suis aujourd’hui. »

« Ce que j’ai vécu à la sortie de mon premier EP est complètement surréaliste, poursuit-elle. J’ai été prise dans un tourbillon. Je n’avais pas le recul nécessaire pour analyser ce qui m’arrivait. Je découvrais un monde que je ne connaissais pas. C’était grisant, mais j’étais quelque peu partagée. D’un côté, j’étais heureuse que tant de gens adhèrent à mon projet. De l’autre, je prenais sur moi, car ce n’était pas toujours facile. Mais le positif, c’était qu’à chaque nouveau concert que je donnais, ça se passait mieux. En juillet, aux Ardentes, j’étais encore trop dans le contrôle. Je n’en ai pas vraiment profité, mais aux Francos, ce fut magique. »

L’expérience The Voice

Le premier EP d’Alice On The Roof, tout comme son album « Higher » ont été composés avec Marc Pinilla, mélodiste en chef de Suarez, et son complice Dada. Ce n’est pas une coïncidence. Marc Pinilla était le coach d’Alice Dutoit lors de l’édition 2014 de The Voice Belgique. C’est un talent timide et naïf qui avait alors atteint les demi-finales. « Quand ça c’est terminé pour moi, je n’étais même pas triste. J’avais vécu une expérience unique et, je peux l’avouer aujourd’hui, je m’étais prise au jeu. J’avais secrètement l’envie de me lancer dans un autre défi musical, mais j’ai eu peur d’y aller toute seule. J’avais besoin qu’on me prenne par la main et j’ai décidé sagement de reprendre mes études d’institutrice. »

Un mois après son élimination au télé-crochet, Alice reçoit des nouvelles de Marc Pinilla. « Il m’a proposé de passer dans son studio. Nous avons enregistré une reprise de Princess du groupe belge Oscar And The Wolf. Ça fonctionnait plutôt bien entre nous et nous avons commencé à travailler sur des chansons originales avec Dada. Je n’ai jamais écrit des morceaux auparavant. Mais la méthode que nous avons suivie, Marc, Dada et moi-même, me semble la meilleure car elle est basée sur le principe de l’échange. Marc est le moteur, Dada est l’artiste au sens propre du terme, il n’a pas besoin d’explications pour « comprendre » la musique. Moi je suis la chanteuse qui veut faire partager son vécu. »

Alice au pays des mormons

Née d’une maman architecte et d’un papa ingénieur électricien, Alice a toujours baigné dans un environnement musical. « Mon père invente des instruments et ma mère chante tout le temps. C’est parfois faux, mais ce n’est pas grave. Mes parents m’ont inscrite à l’âge de six ans à l’académie, section « piano » et à la chorale. Question goûts musicaux, je suis issue de la génération d’Internet et c’est sur la Toile que j’ai fait mon apprentissage. C’est aussi comme ça que j’ai appris l’anglais. Je n’ose pas vous dire ce que j’écoutais ado… J’en ai presque honte. C’est grâce au groupe américain Beirut et son album « The Flying Cup Club » que j’ai découvert pour la première fois un univers musical loin des grandes productions formatées. J’avais percé une brèche et je suis allée voir plus loin. »

Plus que l’aventure The Voice, c’est un séjour aux Etats-Unis qui a servi de déclic. Ce voyage loin de la cellule familiale se retrouve en filigrane dans de nombreuses chansons de « Higher ». « Après mes humanités, j’ai voulu perfectionner mon anglais. Via le Rotary, j’ai réussi à m’inscrire dans une école de Brookings, en Oregon, pour refaire ma sixième. Brookings, c’est 6.336 habitants, des mormons, des protestants, des églises et, ouf, des chorales partout. J’ai réussi une audition pour rentrer dans la plus exigeante d’entre elles. J’avais chorale tous les jours. On chantait à l’église, dans la rue, pour les fêtes religieuses, pour la Saint-Valentin. On chantait tout le temps… Lors d’un concert dans une école, on m’a demandé de faire un solo sur un air traditionnel. Lorsque les gens ont applaudi à la fin, j’ai pensé pour la première fois: « C’est cool, je devrais peut-être continuer dans cette voie ». J’avais besoin qu’on me dise que c’était bien pour y croire. Sans ce séjour en Oregon, je ne serais pas là où j’en suis aujourd’hui. »

Dans son tube Easy Come, Easy Go, Alice Dutoit chante « je n’ai rien à cacher ». Ce n’est pas tout à fait vrai. « Quand j’étais en Oregon, je tenais un journal quotidien comme toutes les jeunes filles de mon âge sans doute. J’ai commencé à écrire des bribes de chansons en français, mais ça ne fonctionnait pas. Je sentais qu’il y avait plus de possibilités en anglais. Plus de liberté et plus de mystère aussi. À l’époque de The Voice, les téléspectateurs pensaient me connaître alors qu’en fait, je gardais en moi beaucoup de choses que je ne voulais pas montrer. Aujourd’hui, je me cache moins. J’ai gagné en confiance et j’assume parfaitement mes faiblesses, ma fragilité et mes imperfections. Sur « Higher », la chanson Mistery Light évoque ce manque de confiance et les non-dits qui en résultent. »

Quand on lui demande quelle est la chanson qui lui ressemble le plus, Alice cite sans hésiter On The Roof. Et ça tombe bien car il s’agit aussi de notre préférée. « C’est le dernier morceau qui a été écrit pour ce disque. J’y évoque la transition qu’il y a entre la Alice de The Voice et celle que je suis devenue. C’est le passage de la post-adolescence à l’âge adulte. C’est drôle, car dans les commentaires que je peux lire sur Internet, il y a souvent des gens qui disent: « Oh Alice, comme tu as changé depuis The Voice. Ta voix, tes cheveux, tes déclarations. On aimait mieux avant ». » Mais « avant », c’était il y a quelques mois à peine. Oui, tout est allé très vite pour elle. Et si Alice n’est peut-être plus la même, elle a gardé heureusement ce naturel et cette spontanéité qui contribuent à son charme.

Que penser de Higher son premier album?

Moins d’un an après avoir fait le buzz avec Easy Come, Easy Go, la jeune Montoise sort un premier album d’électro/pop épicé juste comme il le faut par Tim Bran, producteur-mixeur anglais dans le vent (re)connu pour ses collaborations avec London Grammar ou La Roux. Chanteuse et pianiste, Alice Dutoit cosigne les textes et les musiques avec Marc Pinilla et Dada. Au savoir-faire mélodique des deux complices de Suarez, elle ajoute fraîcheur, spontanéité et fragilité, soit finalement beaucoup de naturel au féminin. Si le but de ce disque n’est pas de jouer la carte de l’audace, « Higher » séduit par son homogénéité, sa douce mélancolie, ses refrains accrocheurs et ce doux parfum de mystère  ressortant des textes. Aux Easy Come, Easy Go et Like A Dying Rose déjà connus, on ajoutera comme moments forts le tonique Lucky You, l’aérien Racing In The Shadow et, de loin la meilleure plage, On The Roof, ballade piano/voix en forme de manifeste où elle exprime toute sa vulnérabilité.

En concert: 17/2: Reflektor, Liège (complet), 19/2: Ferme du Biéreau, LLN (complet), 20/2: Salle Saint-Ursmer, Binche (complet), 26/2: Manège, Namur (complet), 27/2: L’Eden, Charleroi (complet), 28/2: Cirque Royal, Bruxelles (complet) et dans de nombreux festivals de l’été.

 

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Alice On The Roof

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Label et La Bête/[PIAS].

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