Le boom des monnaies locales

En Angleterre, la livre de Bristol (et son fameux billet de 21 pounds) représente l'équivalent de 800.000 livres sterling de monnaie locale en circulation! Ces formules de monnaies complémentaires, destinées à relocaliser l'économie et à la rendre plus résiliente aux "crises" comme celle de 2008, font des émules. 

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Car, comme l’explique l’économiste belge Bernard Lietaer dans le film Demain, autant la biodiversité est importante dans la nature, autant la variété monétaire permet de faire face aux crises qui se succèdent, plus de 425 depuis 40 ans. En Belgique aussi, les initiatives du genre se multiplient: le Valeureux (Liège), l’Eco Iris (Bruxelles), l’Epi Lorrain (Lorraine belge), le Talent (Louvain-la-Neuve), le Ropi (Mons)… À Grez-Doiceau, des « Bons locaux pour l’économie solidaire » (Blés) ont été mis en circulation au printemps par « GeT’It », l’atelier de l’ASBL « Grez en Transition ». Trois questions à Eric Luyckx, un des initiateurs du projet.

Un peu plus de six mois après leur lancement, comment se portent les Blés?

Eric Luyckx – Cela a démarré très fort. En seulement six mois, on comptait déjà 10.000 Blés en circulation, soit nos attentes pour la première année. Mais on a remarqué que les prestataires ne savaient pas toujours bien comment les réinjecter dans l’économie locale. Résultat, ils les stockaient, ce qui n’a aucun intérêt, ni pour eux ni pour la collectivité, puisque les Blés ne remplissent leur fonction que s’ils circulent. On les aide donc à trouver des solutions pour « écouler » ces Blés dormants. En convainquant leur fournisseur local de les accepter ou en en trouvant un autre qui les accepte. Un exemple: on a mis en contact un restaurateur avec une micro-brasserie de la commune qu’il ne connaissait pas. Tout le monde était ravi. Pour les indépendants, on leur propose parfois de se payer une partie de leur salaire en Blés ou, en dernier recours, de les reconvertir en euros, car il s’agit de ne pas briser leur confiance dans le système. On a dû le faire pour 2.500 Blés. Il y a environ 8.500 Blés en circulation pour l’instant, ce qui reste au-dessus de nos prévisions initiales.

Quel est le but d’une telle monnaie? De remplacer l’euro?

E.L. – Non, elle est complémentaire à l’euro. Le but, c’est de capter une partie des flux financiers. Le terme « capter » n’est pas choisi au hasard: une fois transformé en Blés, l’argent est « captif », obligé de circuler dans une zone géographique, ce qui soutient l’économie locale et fait augmenter le PIB de la commune. L’autre aspect essentiel, c’est que si 8.500 Blés ont été échangés, cela signifie que 8.500 € sont sur le compte Triodos de l’ASBL et que, quand ce montant aura encore augmenté, cet argent pourra servir à faire du microcrédit pour des entrepreneurs qui voudraient s’installer, à acheter du terrain agricole pour un « paysan sans terre », à soutenir une petite troupe de théâtre ou à investir dans une coopérative citoyenne de production d’énergie renouvelable, ou autre. C’est un cercle vertueux. On est une Initiative de Transition, donc on ne souhaite pas que le monde s’écroule, mais on se prépare au pire. Et s’il y a une catastrophe, du genre de ce qu’ont connu les Grecs, une monnaie complémentaire permettra de mieux y résister.

C’est une façon de se réapproprier l’argent?

E.L. – Oui. Les euros ne nous appartiennent pas du tout! Quand ils dorment dans nos poches, ils ne nous rapportent rien, mais les banques, elles, continuent de travailler et d’investir dans des projets qui ne sont pas forcément proches de nous, géographiquement ou philosophiquement. Avec les Blés, les membres de l’ASBL décident eux-mêmes ce que l’on fait de l’argent disponible. Le « volant » est énorme, on ne se rend pas compte de tout ce qu’il est possible de faire avec cet argent une fois qu’on peut choisir comment l’utiliser!

Plus d’infos: www.grezentransition.be

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