Le style Delpech en 6 chansons

Ses tubes ont accompagné notre vie. Ils possédaient ce je ne sais quoi qui tranchait sur le reste de la production variété.

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Chez Laurette – 1965

Premier tube et premier succès autobiographique colporté par un Delpech à mèche et petit costume à la Beatles. La chanson active la madeleine de Proust chez tous ceux qui ont connu cette joie extrême de se retrouver dans un café – toujours le même – après les cours. On a tous connu une Laurette, premier rendez-vous, synonyme de cigarettes, de rire et de liberté.

Wight Is Wight – 1969

Du journalisme chanté: « Ils sont arrivés dans l’île nue, sans un bagage et les pieds nus ». Delpech fait le compte rendu d’une culture – la culture hippie – qui explose en Europe lors du festival de l’île de Wight en 1968. Lors de l’édition 1969, l’événement accueille Bob Dylan, c’est celle-là qui inspire Delpech qui chante « Dylan is Dylan, viva Donovan ». Au passage, la chanson est un plaidoyer pour la liberté d’action: « Toi qui as voulu t’emprisonner, as-tu le droit de condamner celui cherche à s’évader ». Et la révolution frappe à la porte de la variété française. Tremble Mireille Mathieu…

Les divorcés – 1973

Début de la période rouflaquettes et autre chanson de société. Avec une tendresse et une justesse qui laissent démuni, Delpech y aborde la question du divorce – chose pas du tout évidente dans le showbiz de l’époque: « Si tu voyais mon avocat, ce qu’il veut me faire dire de toi ». Dans cette grande chanson de variété, il y a un peu de Claude Lelouch, un peu de Françoise Sagan – autant dire une certaine idée du style français. 

Le chasseur – 1974

Quelque part entre Jean Giono et Marcel Pagnol, ce titre déploie plusieurs gammes d’émotions tout en décrivant un paysage de brume à cinq heures du matin. Couleurs, parfums, bruits sont là pour dresser le tableau d’un scène de chasse qui ne passerait plus aussi facilement aujourd’hui, même si le héros de l’histoire, dans un sursaut eco-friendly inattendu, laisse tomber la partie. « Avec mon fusil dans les mains, je me sentais un peu coupable. Alors, je suis parti tout seul, j’ai emmené mon épagneul en promenade. » Ouf. Mais quelle belle chanson.    

Quand j’étais chanteur – 1975

Chef-d’œuvre de la période moustaches, sorte de Mort à Venise de la variétoche de hit-parade. Michel Delpech imagine sa retraite de chanteur à 73 ans, âge qu’il n’atteindra hélas pas, et convoque les souvenirs d’un temps qui ne reviendra plus. Il parle à « ma pauvre Cécile », évoque la mort de Mick Jagger et les adieux de Sylvie Vartan. Une chanson qui résonne comme la bonne blague d’un homme qui dit avoir du rhumatisme alors qu’il reste alerte dans nos mémoires.

Je pense à toi – 1974

Autre chanson cinématographique à la Lelouch (on voit bien Patrick Dewaere, Jacques Dutronc et Romy Schneider dans les rôles principaux), récit d’un adultère et d’une amitié trahie, Je pense à toi est aussi la preuve que Delpech avait un goût inné pour le songwriting folk (il a adapté Paul Simon en français) et les mélodies de qualité.   

Evocation de la vie et de la carrière du chanteur dans le Moustique du 5 janvier 2016.

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