Il était une fois Tarantino

Avec Les 8 salopards, le réalisateur de Pulp Fiction signe un grand western et un grand coup de gueule politique.

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« J’en ai marre. Je vais tout laisser tomber, je passe à autre chose. » Déprimé, Tarantino vient d’apprendre que le scénario de son huitième film, Les 8 salopards, vient de fuiter sur Internet. Le réalisateur génial de Pulp Fiction ne décolère pas, d’autant qu’il n’a remis le fameux sésame que dans les mains de quelques proches, dont un assistant de Bruce Dern qu’il soupçonne d’être à l’origine de la trahison. Dans la foulée, Quentin réécrit à toute vapeur un nouveau scénario pour cette fausse suite de son formidable Django. Les éléments sont vite mis en place. Une diligence qui renvoie à son western de chevet, La chevauchée fantastique, sept hommes et une femme. Et une cabane plantée au beau milieu de nulle part, subissant les tourments d’un blizzard en pétard comme le réal.

Ainsi donc la diligence, avec à son bord un chasseur de primes pervers, sa prisonnière édentée, le nouveau chérif de Red Rock et un chasseur de têtes black qui prétend faire ami-ami avec le président Lincoln, se voit contrainte de s’arrêter pour cause de mauvaise météo devant une grande mercerie éloignée du monde connu, dans les plaines neigeuses du Colorado post-guerre de Sécession. A l’intérieur, d’autres types patibulaires: un juge anglais, un vieux confédéré, un étrange Mexicain prénommé Bob et un cow-boy taiseux. Malin comme un Sioux, Tarantino prétend n’avoir eu d’autre idée que de « placer ces salopards armés jusqu’aux dents dans un lieu clos pour juste observer ce qu’il se passe ensuite ». En forme de majeur levé vers le système. Car il est en rogne, Quentin. Contre les flics de New York qui boycottent ses films parce qu’il fut l’un des fers de lance de la manifestation Rise Up October contre la violence policière l’année dernière. Et contre les salopards qui ont dévoilé son scénario. En réaction, il piétine lui-même son train électrique comme un enfant gâté, signant une histoire un peu paresseuse et bringuebalante comme sa bicoque en bois.

Mais on ne se refait pas: sa gueulante devient carrément jubilatoire dans des dialogues emphatiques, distillés à la mitraillette par des acteurs incroyables prenant un plaisir dingue à les dire (mention spéciale à Samuel L. Jackson). Enfermant dans une photo sublime des personnages poisseux, menteurs, cyniques, alcoolisés, racistes et violents, Tarantino refait le portrait de la belle légende de l’Ouest, et ce n’est plus glorieux! Son shaker saignant met du temps à exploser, mais la patte du maître, plus désabusée, est toujours présente (clins d’œil permanents au 7e art, musique de Morricone, autocitations, éclairs de folie pop). Cette  farce burlesque et très pessimiste n’est pas le meilleur Tarantino. Mais elle nous révèle un cinéaste archi-talentueux qui en plus de nous faire prendre notre pied nous dit tout haut, et pas toujours en riant, ce qu’il pense de la vente libre d’armes aux States, du racisme anti-Noirs et des salopards qui battent les femmes.

> LES 8 SALOPARDS, réalisé par Quentin Tarantino. Avec Samuel L. Jackson, Jennifer Jason Leigh, Kurt Russell – 168’.

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