L’année de la grogne

Contre le gouvernement, contre l'opposition, contre les syndicats... En 2015, il y avait bien matière à pester. Catalogue.

reporters_20271032-71084

Au début de l’année, après un automne social 2014 plutôt mouvementé, le Premier ministre Charles Michel faisait sa rentrée politique tout en autocongratulations à propos des récents accords passés avec les partenaires sociaux. Il s’est semble-t-il réjoui un peu vite. Car voici le catalogue des griefs 2015. Il n’est pas moins riche que celui de 2014. D’autant que le gouvernement n’a pas vraiment eu pitié des pauvres. Ou des travailleurs lambda. Mais, pour que le compte soit juste, les syndicats en prennent aussi un peu pour leur grade.  

Les exclus du chômage

Certes, la réforme qui exclut dès le premier janvier 22.000 personnes du chômage a été mise en place par le gouvernement Di Rupo. Qui regrette, d’ailleurs: « Mon cœur saigne en pensant à ces personnes qui perdent leur allocation”. Une exigence 100 % libérale, dit-il… Pas sûr que les concernés s’attardent sur la nuance. Pour rappel, alors qu’on aborde 2015, un Belge sur cinq vit désormais « autour » du seuil de pauvreté. 

Dans les profils les plus visés par ces nouvelles mesures: des femmes dans la trentaine avec enfant mais sans diplôme du supérieur. Qui se trouvent être le plus souvent wallonnes, d’ailleurs, puisqu’on compte quatre fois plus de chômeurs exclus depuis le premier janvier en Wallonie qu’en Flandre ou à Bruxelles. La faute au manque de contrôleurs en Flandre, nous dit-on… Et pour en rajouter à cette impression que c’est la N-VA qui dicte l’agenda gouvernemental, on apprend dans le même temps que les salariés wallons sont aussi davantage contrôlés par le fisc.

Le saut d’index

En février, le gouvernement fédéral fait carrément sauter l’index de 2 % sur les salaires. Concrètement, cette décision ferait, selon une étude du PTB, perdre 34.000 euros brut à un couple de travailleurs sur l’ensemble de sa carrière complète. Le gouvernement se défend par la voix de Daniel Bacquelaine, le ministre des Pensions: « C’est inexact. Ce manque à gagner sera compensé par la déductibilité forfaitaire en matière de fiscalité ».

À propos, ne comptez pas trop sur l’opposition pour compenser. L’impôt sur les grandes fortunes? Génial. Mais seulement s’il est décidé au niveau fédéral. Voilà l’essentiel de la position du PS quand il s’agit de taxer les gros patrimoines wallons. Appliquée seulement au Sud du pays, cette mesure pourrait en effet pousser les grosses fortunes à s’expatrier. Et puis, tout cela est très compliqué juridiquement…. Un partout, dix mille balles au centre.

La réforme des pensions

Le printemps sera social aussi. Bart De Wever ne voit aucun problème 
à ce que le gouvernement corrige, contrairement 
à la coutume, l’accord des partenaires sociaux en matière de prépensions? Les syndicats doivent « avaler la pilule ». Mais ces derniers ne sont pas de cet avis. Entre la fin mars et le 22 avril, on aura droit à une grève générale des services publics et plusieurs manifestations.

« On prend dans la poche gauche des travailleurs pour mettre dans la poche droite du patronat. »

Qu’à cela ne tienne, le gouvernement adopte le projet de loi sur le recul de l’âge de la retraite et de la préretraite. En 2030, on travaillera jusqu’à 67 ans. Sauf qu’on ne vous emploiera plus à cet âge-là. La prépension? Ce ne sera pas avant l’âge de 63 ans, moyennant 42 ans de carrière (contre 61,5 ans et 40 ans de carrière aujourd’hui).

C’est aussi en avril que sort ce chiffre à se taper la tête contre les murs: 83.007. Soit le nombre d’emplois vacants en Belgique en 2014. Soit 1,9 % des postes existants. En Europe, il n’y a qu’en Allemagne et au Royaume-Uni où ce taux est plus élevé. Mais là, le taux de chômage est plus bas.

Le tax shift

Entre mai et septembre, c’est l’été « politique ». Comme les médias, bizarrement, l’actu des élus tourne au ralenti. Sauf qu’un gros morceau a été prévu pendant les vacances: le tax shift, censé faire glisser une trop lourde imposition sur le travail vers les revenus du capital. Le 23 juillet, Charles Michel tweete fièrement « Agreement » pour annoncer un accord sur une plus équitable justice fiscale. La bonne nouvelle, c’est que vu les tensions au sein de la majorité, plus personne ne pensait en effet réellement voir ce blockbuster politique à l’affiche cet été. La mauvaise, c’est que ce tax shift est très loin de faire l’unanimité. Et qu’il n’a rien de très novateur. « On prend dans la poche gauche des travailleurs pour mettre dans la poche droite du patronat! », fustige l’opposition. De fait, les quelques intentions affichées en matière de taxation de la spéculation sont un peu maigres: 10 millions par-ci, 28 millions par-là… Pas de quoi faire trembler les places financières. Quant aux ménages, ils devront encore avaler à partir de septembre la hausse de 6 à 21 % sur l’électricité. Soit environ 100 €/an pour une consommation moyenne. Tax shift?

L’acharnement syndical

Le mois d’octobre voit le retour de l’automne social. Et des grèves tournantes. Et pour le coup, c’est l’occasion de s’en prendre à un certain aveuglement syndical. Comme ce 19 octobre, en province de Liège, où une touriste danoise victime d’une rupture d’anévrisme n’a pu être opérée à temps à cause de l’embouteillage provoqué par des grévistes de la FGTB, sans aucune possibilité pour le chirurgien cardiologue appelé en urgence de se rendre à temps sur les lieux de l’opération. Ou lors de ce 23 novembre, alors que Bruxelles était déjà en plein lockdown, et où la FGTB, la CSC et la CGSLB ont maintenu une journée d’actions dans le Hainaut, malgré l’impact manifeste sur les navetteurs de la capitale.

 

Sur le même sujet
Plus d'actualité