Quentin Tarantino: « Le cinéma n’aide pas à tuer, il aide à vivre »

Spectateur boulimique, Quentin Tarantino continue à explorer les mélanges des genres. Pour Les huit salopards, il signe un huis clos à la fois iconoclaste, tendu et horrifique, entre horreur pure et western dur.

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Ce n’est pas nouveau. Quentin Tarantino est une véritable pile, un grand excité tendance hyperactif. Moulin à paroles au débit épileptique. C’est un type qu’on rêverait de rencontrer tranquillement, durant des nuits entières. Comme un ami cinéphile avec qui on voudrait se perdre en débats animés et stériles (les meilleurs westerns, les scènes les plus déjantées…). Mais le gaillard est du genre très demandé. Et son temps est compté. Il passe en coup de vent à Paris, avec une partie de la caravane médiatique de ses Huit salopards, qui transforme l’étage d’un hôtel de luxe en une boule d’agitation. Au programme: quelques grappes d’intervieweurs, le triple d’assistants, et le quadruple de gens dont on ne sait pas ce qu’ils font là…

Au milieu de tout ça, presque indifférent au tsunami qui l’entoure, le sieur Tarantino parle, presque non-stop. Rit, s’emporte volontiers. Et irrémédiablement, quelle que soit la question, revient à son expérience intensive de spectateur. Son neuvième film ne l’a pas changé. Il jouit d’une liberté quasi totale, garantie par un producteur-nabab devenu complice (Harvey Weinstein). Et voyage à travers les genres, avec l’énergie pop et iconoclaste de celui pour qui le cinéma est une obsession permanente, un ingrédient nécessaire à son métabolisme. Parlez-lui de la vie, il en revient, encore et toujours, à sa passion pour les films. Dont il use, à sa façon très personnelle, pour réécrire l’histoire, réparer les injustices, prendre et donner du plaisir. Ou pousser les journalistes dans leurs derniers retranchements. 

Les huit salopards est votre long métrage qui contient le plus de références au reste de votre œuvre et pourtant, on en ressort avec la sensation d’avoir vu votre film le plus original…

Quentin Tarantino – Intéressant (sourire carnassier)… Vous pouvez développer?

La diligence comme dans Django Unchained, l’auberge d’Inglourious Basterds. Le speech de Samuel L. Jackson comme dans la scène des Siciliens de True Romance… Sans oublier l’ambiance à la Reservoir Dogs

Q.T. – La même chose m’était arrivée lorsque j’écrivais la séquence d’Inglourious Basterds dans la cave. Je me souviens d’avoir posé mon stylo en pensant: « En fait, c’est Reservoir Dogs, mais dans un sous-sol en Allemagne ». Ce n’était pas intentionnel de ma part, mais oui, la structure des Huit salopards fait à nouveau écho à celle de Reservoir Dogs, en tout cas une fois que nous sommes dans l’auberge: les personnages débarquent un par un, se présentent sans qu’on sache vraiment s’ils disent ou non la vérité et, juste avant le troisième acte, un flash-back vient tout remettre en perspective.

Et c’est aussi là que Les huit salopards devient plus original, et s’impose en quelque sorte comme votre premier film d’horreur. Evoquant, par exemple, Evil Dead… Vous partagez cette lecture du film?

Q.T. – Assez, oui.! J’ai récemment reconnecté via Internet avec une ex-petite amie, que je fréquentais avant de tourner Reservoir Dogs. Je l’ai invitée à venir voir le film et, à l’issue de la projection, elle a demandé à m’interviewer pour son blog culturel. Elle a été la première à me faire la remarque pendant l’entretien, avançant l’idée que Les huit salopards est, en apparence, mon deuxième western. Mais qu’au fond, il s’agit avant tout de mon premier vrai film d’horreur. Quand on y pense, la musique d’Ennio Morricone qu’on y entend s’apparente d’ailleurs plus à celle d’un film d’horreur qu’à une bande-son de western-spaghetti. On est plus proche de The Thing que de Sergio Leone… Et puisqu’on parle du classique de John Carpenter: les multiples clins d’œil à The Thing dans Les huit salopards, plus ou moins conscients, n’ont pas dû vous échapper: Kurt Russell, les personnages coincés dans cette cabane par une tempête de neige, la paranoïa, les faux-semblants, jusqu’à cette explosion de violence finale… Le plus intéressant, dans tout ça, c’est que Reservoir Dogs, à l’époque, était mon hommage à The Thing, sans la neige, les effets spéciaux, et Kurt Russell.

La suite de l’interview dans le Moustique

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