David Bowie, l’homme qui venait d’ailleurs

A 69 ans, David Bowie rappelle ses penchants d'artiste caméléon sur "Blackstar", album crépusculaire à l'audace lumineuse. Ecoute intégrale.

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En mars 2013, David Bowie sortait de sa retraite new-yorkaise pour publier « The Next Day », album copieux et fourre-tout qui, passé l’émotion des retrouvailles, s’avérait pourtant inégal sur la longueur. L’artiste a retenu la leçon pour « Blackstar », nouvel ovni lancé en orbite ce 8 janvier, date de son 69e anniversaire. « Blackstar » compte sept morceaux et dure 41 minutes. C’est peu, direz-vous. Mais voilà, l’auditeur ne s’y ennuie jamais et, plutôt que d’être pris par la main dès les premières notes pour être guidé sans péril jusqu’au bout du voyage,  il doit trouver lui-même son chemin dans ce dédale artistique aux mille émois. Dans le même esprit de rigueur et d’audace qui avait animé les sessions de ses chefs-d’œuvres « Low » (1977) et « Outside » (1995), Bowie y élève son degré d’exigence, explore de nouveaux territoires et malaxe sa matière.

Dans une interview accordée au magazine Rolling Stone, le producteur et fidèle complice Tony Visconti explique que Bowie et lui ont écouté en boucle « To Pimp A Butterfly » de Kendrick Lamar en travaillant sur « Blackstar ». Album de l’année 2015 pour Moustique et nominé à onze reprises pour la prochaine cérémonie des Grammy Awards, « To Pimp A Butterfly » repousse encore un peu plus les limites du hip-hop. « Ce disque nous a inspirés car comme Kendrick Lamar l’a fait pour le rap, nous, on souhaitait repousser les limites du rock », explique Visconti. Sortis en amont, les titres Blackstar (dix minutes) et Lazarus évoquent ainsi plein de choses qu’on n’a pas l’habitude d’entendre sur un disque rock. L’instrument prédominant est le saxophone (free) du jazzman américain Donny McCaslin. La voix de Bowie se pose sur des nappes électro, des rythmes hypnotiques évoquant la cold-wave et un piano tout droit sorti d’un cabaret berlinois de l’avant-guerre.

Et si ces deux morceaux valent déjà l’investissement, nous ne sommes pas pour autant au bout de nos surprises. Les âmes sensibles ne sortiront pas indemnes des deux ballades qui clôturent le disque. La première, Dollar Days, est une chanson autobiographique sur laquelle Bowie évoque ses années passées à Londres tandis que la seconde, I Can’t Give Everything rappelle le Bowie posé qui chantait Wild Is The Wind ou This Is Not America. Si on ajoute les bidouillages électro/industriels de This Is A Pity She Was A Whore, le nerveux Sue (Or In Season Of Crime) enrichi d’une guitare trash par rapport à la version déjà existante sur son best of « Nothing Has Changed » et qu’on fait l’impasse sur l’anecdotique Girl Love Me, on tient ici un bon, mais alors un tout bon Bowie. Dénué de toute chanson formatée pour les radios, « Blackstar » est un disque passionnant qui place déjà la barre très haut en ce début d’année. C’est tant mieux. Et si Bowie pouvait revenir sur sa décision de ne plus se produire en live, nous serions alors carrément aux anges.

> BLACKSTAR, David Bowie, Sony Music. 

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