Demain l’humain

Et dire qu’au moment de l’édito rétro 2014, nous avions eu la faiblesse de nous plaindre de l’année écoulée. C’était pourtant avant les attentats de Paris et de Tunis, avant Bruxelles et la France en état d’urgence, avant les interventions à Verviers et les perquisitions à Molenbeek, avant les sommets d’horreurs en Syrie, en Irak, en Libye et les foules de réfugiés. C’était avant que la mer rejette sur une plage de Turquie le corps d’Aylan et que les photos de cet enfant de trois ans, victime parmi des milliers d’autres, secouent les plus endurcis.

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Mais en repensant à 2015 un peu différemment, on peut aussi se réjouir des milliers d’anonymes qui n’ont pas attendu les images d’un petit Syrien mort pour faire quelque chose en faveur des vivants. Le magazine du Monde vient, lui, de célébrer les héros révélés par les drames de l’année, ceux qui, le 13 novembre, ont ouvert leur porte à des inconnus terrifiés, ont arraché leur chemise pour panser des plaies, ou ont risqué leur vie pour porter à l’abri des blessés… Et ceux, un peu moins anonymes, qui ont empêché qu’un Thalys devienne un lieu de massacre ou Lassana Bathily, ce jeune employé musulman de l’Hyper Cacher dont la bravoure sauva une douzaine de clients juifs.

Il faudra aussi se souvenir de Danielle, 77 ans, avocat à la retraite, et sa leçon balancée dans la rue à une caméra de BFMTV: « Nous sommes une civilisation très ancienne et nous porterons au plus haut nos valeurs. Nous fraterniserons avec les 5 millions de musulmans qui exercent leur religion librement et gentiment et nous nous battrons contre les 10.000 barbares qui tuent, soi-disant au nom d’Allah ». Du même élan, elle recommanda la lecture de Paris est une fête et le livre des années folles d’Hemingway, bientôt en tête des ventes, fut au 13 novembre ce qu’avait été Le traité sur la tolérance de Voltaire aux attentats de janvier. On n’oubliera pas non plus Brandon et son papa, Angel, interrogés par Le Petit Journal, une séquence vue des dizaines de millions de fois à travers le monde. Le petit garçon y exprimait son inquiétude devant des « très très très méchants avec des pistolets ». Avec une magnifique douceur, son père le tranquillisait: eux, ils avaient des bougies, des fleurs pour se souvenir et une maison pour se protéger, la France. Cette émotion collective, ce retour vers les sentiments humains les plus partagés, c’est ce qu’on emportera de 2015 en 2016. Ça et (presque) rien d’autre. Ce n’est peut-être pas un si pauvre cadeau pour Noël. En tout, il est offert de bon cœur.

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