Comment fait-on un bêtisier?

Excercice imposé de fin d'année, le bêtisier est un genre télévisuel à part. Coup de projecteur sur ces pépites de Noël particulièrement appréciées.

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Interviewer la pulpeuse Jayne Mansfield pouvait se révéler dangereux. Surtout quand on s’approchait un peu trop près de son décolleté. Léon Zitrone l’a appris à ses dépens, évitant tant bien que mal les morsures d’un chihuahua très protecteur pour sa maîtresse. L’histoire aurait pu s’arrêter là et s’évaporer tranquillement avec la mémoire de ses deux protagonistes. Sauf que malgré lui, l’intervieweur a participé à l’élaboration d’une des premières séquences de bêtisier. Un passage que l’on peut revoir à l’envi dans les archives de l’INA. C’est comme ça quand on fait de la télé: chaque faux pas est immortalisé pour alimenter les zappings de fin d’année. Du pain bénit pour les périodes de vaches maigres du petit écran.

Des émissions qui font chaque année le bonheur des téléspectateurs, qui se délectent des gamelles des reporters, qui s’esclaffent face aux formations de mots douteuses dans Motus ou Des chiffres et des lettres et qui se marrent de bon cœur quand Yves Leterme entame la Marseillaise quand on lui demande de chanter la Brabançonne. C’est cela, la recette des bêtisiers: un grand shaker d’images qui se recyclent pour former un melting-pot parfois embarrassant. Et ce n’est pas Ophélie Fontana qui dira le contraire. Elle voudrait bien s’en défaire, de sa fracture du col de l’utérus du roi, lapsus lâché en présentant Le 15 minutes. Pas de bol, on la lui ressert chaque année à la période des fêtes, entre la dinde et la bûche. Elle lui colle à la peau, s’affichant dans les premières suggestions dans Google quand on y tape son nom. Quand le malheur des uns fait le bonheur des autres… « Mais toujours avec respect, précise Marie-France Bonjean, la productrice des bêtisiers de la RTBF. Par exemple, nous ne sélectionnons pas les séquences où des reporters se font bousculer un peu trop violemment lors de certains directs. Il faut que cela reste bon enfant. »

Le Belge, créatif en lapsus

Le bêtisier, c’est aussi une façon d’exprimer la convivialité du petit écran. « Et de dévoiler ses coulisses, c’est ce que les gens préfèrent », ajoute Marie-France Bonjean. Le moment de prouver que ceux qui fabriquent les images sont comme tout le monde, en proie au bafouillage, aux erreurs et aux pieds dans le tapis. Une leçon d’humilité? On ne va quand même pas pousser, même si Jean-Louis Lahaye adorerait cette définition. Disons que c’est surtout une équation imbattable: facile à produire, pas cher et hyper-rentable. Eh oui, pour agrémenter leurs zappings de fin d’année, les chaînes internationales viennent également piocher dans le répertoire des gaffes de la RTBF, qu’elles rachètent à la Sonuma, sa société de numérisation et de commercialisation de ses archives. C’est d’ailleurs l’un des programmes les plus vendus du service public. « Les dérapages belges sont très demandés à l’étranger, explique la productrice de Drôle de bêtisier et de La télé de A@Z. Sans doute grâce à notre bonhommie. Nous sommes des gentils, et puis surtout, nous sommes très créatifs dans nos lapsus. Mais ce qui plaît le plus hors frontières, ce sont les micros-trottoirs de Monsieur et Madame Tout-le-monde. Au rayon spontanéité, le Belge est indétrônable. Mais mon combat, c’est aussi de garder les séquences maison en exclusivité pour la RTBF. On ne les revend qu’après la diffusion sur nos chaînes. »

Un an de zapping

Pour autant, produire un bêtisier de qualité – soit qui emmène le téléspectateur à la découverte de couacs inédits – demande un travail colossal. Dénicher les pépites dans des centaines de milliers d’heures de rushs ne se fait pas en une heure. Du coup, les chaînes fonctionnent toutes avec des répertoires des « gamelles ». « On travaille durant l’année, en amont, parce que aujourd’hui, avec la numérisation, les extraits d’émissions non répertoriés s’effacent systématiquement au bout de trois mois. On ne part plus à la recherche de cassettes oubliées sur des étagères. »

Reste que là encore, il faut faire un tri, distinguer le faux pas surjoué de tel animateur du véritable accrochage. Parce que oui, on vous le garantit, certains présentateurs adorent se retrouver dans les bêtisiers. Tout simplement parce que leurs bourdes leur offrent un joli coup de projecteur: ce sont des programmes extrêmement regardés. Chaque année, été comme hiver, ils rassemblent une bonne partie des familles belges devant leurs écrans, se plaçant quasi systématiquement dans le top 10 des meilleures audiences de l’année.

Le reportage qui ne part pas, la solitude du présentateur obligé de meubler en direct, ou celui qui fait semblant de tapoter sur un iPad imaginaire pour se donner une contenance, le tout ponctué par une présentatrice en plein fou rire parce qu’on lui a parlé de pipe… Un genre à part dont le fonds de commerce est de remettre à la lumière du jour ces nombreux programmes oubliés d’un coup de zappette, agrémentés de faux rires pour l’occasion. Quasiment un devoir de mémoire.

Mais le bêtisier représente surtout le marronnier par excellence en cas d’événement spécial. Anniversaire, fête nationale, arrêt d’une émission… La preuve avec RTL-TVI, qui a ressorti de ses cartons d’archives tous ses souvenirs cocasses pour célébrer ses 60 ans dans la bonne humeur. De quoi nous servir une double dose de bêtisier à l’heure de fêter Noël, de visionner les premières télés des présentateurs phare de la chaîne comme Jean-Michel Zecca, mais aussi de se souvenir, émus, de l’époque bénie où les speakerines introduisaient quasiment chaque programme. Et d’égrener ces vidéos qu’on a déjà vues 100 fois. Des vieilles images cuites et recuites qui finissent par former, à terme, une sorte de mémoire collective du pire qui fait marrer. Une mémoire bruyante qui fait boïng, aïe!, ha, ha! et clac (rires enregistrés).

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