Nous avons écouté le nouvel album de David Bowie

"Blackstar" sortira le 8 janvier, jour du 69e anniversaire de la star anglaise.  Un disque moderne, avant-gardiste, exigeant mais aussi dénué de vrai tube radio. Et si c'était ça l'audace en 2016?

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Rendez-vous a été pris dans les bureaux bruxellois de Sony Music, situés à quelques pavés des stands de vin chaud et de la patinoire des Plaisirs d’Hiver. On nous conduit dans un salon à l’acoustique high-tech.  Dans le lecteur CD figure le seul exemplaire actuellement  disponible en Belgique de « Blackstar », nouvel album de David Bowie qui sera commercialisé le 8 janvier 2016,  jour où la star anglaise désormais recluse à New York fêtera son 69e anniversaire.  Ce disque nous l’avons écouté dans son intégralité.  Et c’est une aventure dont on ne ressort pas indemne.  « Blackstar »  dure 41 minutes et compte sept morceaux. Si le disque a été réalisé par le fidèle Tony Visconti, c’est pourtant le saxophoniste de jazz américain Donny McCaslin (nominé aux Grammy Awards pour son album « Casting For Gravity ») qui tire le plus son épingle du jeu.

Notre verdict?  David Bowie  rappelle qu’il reste un caméléon du rock qui ne cesse d’élever son degré d’exigence.  Malaxant électro, rock, jazz, musique de cabaret, folk moderne ou drum & bass, « Blackstar » n’est pas un album de plus (son 27e enregistrement studio) dans une discographie. C’est une œuvre mûrement réfléchie durant laquelle il se passe toujours quelque chose. L’auditeur n’y est pas pris par la main dès les premières notes et guidé sans péril jusqu’au bout du voyage. C’est à lui de trouver son chemin.  Mais après tout, n’est-ce pas ce qui fait encore le charme d’un album en 2016? Si vous avez aimé le Bowie de « Low »,  d' »Outside » et de « Earthling », ce disque est pour vous. Si vous vous attendez à de la pop facile et sans risque façon  « Let’s dance », écoutez plutôt Coldplay.

> Blackstar.

Sorti en single et sublimé dans un magnifique clip réalisé par le Suédois Johan Renck,  le morceau Blackstar ouvre l’album et s’étire sur plus de dix minutes. S’y mêlent électro expérimentale, saxophone free jazz et le chant lancinant de Bowie.  C’est un peu comme si l’artiste avait mis trois idées de chansons distinctes dans le même titre,  mais c’est une réussite majeure.

>  ‘Tis is a pity she was a whore.

« C’est dommage, elle était une pute« , chante Bowie sans qu’on sache de qui le narrateur parle. Cette chanson était déjà connue à l’état de démo puisqu’elle accompagnait le single Sue (Or in a season of crime) paru en 2015. A nouveau, c’est le saxophone de Donny McCaslin qui joue à cache-cache avec la voix de Bowie. Les bidouillages électro rappellent les explorations des albums « Outside » et « Earthling ». Trent Reznor de Nine Inch Nails n’est pas loin non plus…

 

> Lazarus.

Pour nous, le sommet de l’album. Une véritable claque qui réussit à évoquer à la fois Joy Division pour sa rythmique cold-wave et la trame de Station To Station. « Regarde par ici, je suis au Paradis. Regarde par ici, je suis en danger », chante Bowie. Lazarus est extrait de la pièce de théâtre Lazarus de l’auteure Enda Walsh et mise en scène par le Belge Ivo Van Have qui se joue dans un théâtre new-yorkais « off » Broadway jusqu’au 14 janvier. Lazarus est inspiré du roman The man who fell to earth de Walter Tevis , que Bowie avait incarné au cinéma en 1976.  Hypnotique, lancinant et profondément romantique, ce  titre, le plus évident du disque, s’inscrit dans la lignée de la trilogie Low-Heroes-Lodger.

 

> Sue (Or in season of crime).

  Une première version de cette chanson figurait déjà sur le « Best of » de Bowie  « Nothing has changed » sorti chez Warner en 2014. Cette nouvelle version est enrichie d’une guitare électrique plus trash. Ce relooking agressif rappelle l’album « Earthling ». Du rock/jazz post-apocalyptique comme l’affectionnent Nine Inch Nails et le Marilyn Manson des grands jours.

 

> Girl love me.

Une chanson plus inégale, qui tourne en rond.  Batterie et saxophone impriment le groove.

 

> Dollar Days.

Une ballade de fin du monde comme Bowie en a le secret. « Je meurs aussi », chante l’artiste qui évoque sa vie à Londres avant sa retraite à New York.  Le piano ajoute encore un peu de nostalgie dans ce track autobiographique.

 

> I Can’t give everything away.

Le disque s’achève avec une autre ballade. Le timbre de Bowie rappelle le populaire Wild is the wind et le rythme n’est pas loin de This is not America. Saxophone, harmonica crépusculaire et  couplet en forme de slogan (« Saying no is meaning yes« ) en font une réussite.

 

 David Bowie, Blackstar, Sony. Sortie le 8 janvier.

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