Amy sans pitié

Chair à médias, people toxico, grande voix, célébrité dysfonctionnante, elle est au centre de ce docu – magnifique – qui sort en DVD.

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 Bien sûr le film est une biographie filmée d’Amy Winehouse. Et sur ce plan, le cahier des charges est plus que respecté. Mais s’il n’était que cela, le film d’Asif Kapadia serait bien mais incomplet. Le cinéaste a eu l’intelligence de dépasser le simple biopic et emmène son spectateur vers des questionnements beaucoup plus interpellants, voire gênants. Le film nous apostrophe sur la machine à produire de la chair à médias (ce qu’Amy Winehouse était) et sur nos réflexes de consommation de cette presse qui se gargarise du malheur des peoples. Construit sur des archives privées et des images d’actualité, Amy nous interroge sur la cruauté inconsciente qui nous pousse à aimer voir les idoles tomber, se blesser, s’humilier et même mourir.

Des images de grande tendresse – Amy gamine, Amy en famille, Amy copine – on passera, selon la courbe du déclin de la chanteuse, à des images de paparazzi, de défonce, de concerts ratés – et même de vacances gâchées. Lors d’un des rares moments de relaxation passés au bord de la mer, Amy Winehouse a la mauvaise surprise de voir débarquer une équipe télé. Pourquoi? Comment? Parce que Mitch son père l’a invitée et qu’il trouvait cela intéressant de filmer la chanteuse en bikini en train de fumer des clopes au bar de la plage. Lors d’un concert à Belgrade, elle apparaît sur scène complètement à l’ouest, incapable d’aligner deux mots de ses chansons, huée par un public sans pitié. Elle aurait dû être chez elle, en train de se reposer, ou en clinique, en train de se faire soigner mais on a jugé bon de la mettre dans un avion pour aller donner ce concert qui sera l’un des pires moments d’humiliation de sa carrière. Lors d’un week-end passé à boire et à se droguer avec Blake Fielder-Civil – montré comme celui qui l’a jetée dans la spirale de la toxicomanie – on découvre l’intérieur du couple, lui aussi, mal en point…  

Première star autodétruite sur l’autel de la violence Internet, poursuivie, traquée, pourchassée, cible de tous les quolibets (voir les vannes de Jay Leno dans son show – après coup, ça sonne indigne), Amy Winehouse reste malgré tout une p… de chanteuse. Les images revenues des sessions de l’enregistrement de Back To Black sont là pour le prouver, et pour nous mettre la chair de poule. 

> AMY, Twin Pics

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