Pourquoi l’accord de la COP21 va changer le monde

Juliette Boulet est chargée de mission "climat" chez Greenpeace Belgique. Présente lors de la COP21 à Paris, elle a vécu de l'intérieur ce que tous les acteurs qualifient de "moment historique". Ce qui ne l'empêche pas d'être prudente pour la suite et de pointer la Belgique comme mauvais élève.

reporters_20619826

En quoi la COP21 est-elle un succès?

C’est un accord historique. C’est la première fois que 195 Etats s’engagent pour le climat. Par comparaison, Kyoto ne rassemblait que 58 Etats. L’autre succès est la mention, même si ce n’est pas si clair que cela, du « 1 degré et demi » car cela correspond à ce que dit la communauté scientifique. Enfin, c’est un acte fort de solidarité avec les Etats insulaires directement concernés par les conséquences d’une hausse des températures.

Chaque pays est donc venu à la COP21 avec les meilleures intentions du monde?

Pas vraiment. Certains, comme l’Arabie Saoudite, sont venus avec comme projet dans leur « contribution nationale » d’augmenter leur production de gaz à effet de serre.

C’est pourquoi arriver à un traité international contraignant – même s’il reste il est vrai des failles – qui annonce une limite à 1,5 degré, est un succès. Malheureusement, il faudra attendre 2023 pour une première évaluation des initiatives et des résultats. Ce sera alors le moment d’augmenter les actions de chacun. Il ne faut pas oublier que cet accord ne sera actif qu’en 2020. D’ici là, il y a le protocole de Kyoto.

Donc, certains viennent avec du plomb dans les poches mais  deviennent en deux semaines favorables à de telles mesures. Ça fait un peu « Disney » comme histoire…

Même si tous les Etats ne venaient pas avec les mêmes bonnes intentions, la machine du changement est en marche depuis plusieurs années. Des acteurs historiquement hostiles comme la Chine ou l’Inde comptent aujourd’hui parmi les plus actifs dans le renouvelable..

Pour atteindre les objectifs fixés à la COP21, vous dites qu’il faut un monde sans énergies fossiles et nucléaire pour 2050. Ça semble simplement irréaliste…

Non, c’est faisable. Par exemple, personne n’avait prédit le boom exceptionnel des énergies renouvelables. Et ce sera plus encore le cas demain. A l’horizon de 2030, l’Afrique veut produire 300 gigawatts d’électricité verte. A titre de comparaison, le continent africain ne produit aujourd’hui, toutes sources de production confondues, que 180 gigawatts. L’Inde porte une alliance solaire avec 120 Etats qui va totalement changer leur façon de consommer et produire. Autre exemple: un des plus gros fournisseurs d’électricité au monde, Enel, s’est engagé à fermer ses centrales à charbon et ne plus construire de centrales nucléaires.

L’économie n’est-elle pas aujourd’hui un meilleur allié que le politique pour « sauver le monde »?

Absolument. La grande majorité des économistes affirment sans détour que l’on perdra plus d’argent en ne changeant rien qu’en modifiant fondamentalement notre mode de vie. Sur la question des coûts, il est évident que les conséquences des changements climatiques seront terribles sur plan financier: coût des soins de santé, catastrophes écologiques… Et pour les revenus, le renouvelable est un business en très forte progression. Mais, revers de la médaille, il faudra aussi être particulièrement attentif au greenwashing. Pendant deux semaines, le Bourget a vu défiler Bill Gates, Leonardo Di Caprio ou encore Mark Zuckerberg. Tous certainement animés par de bonnes intentions mais bon, ça faisait aussi partie du show.

Tout cela donne une image d’un politique qui pèse donc de moins en moins sur les décisions…

 Oui et tant mieux! Le politique est absolument nécessaire pour accélérer la transition et l’accompagner mais il existe des multitudes d’actions qui se déroulent sur le terrain sans le politique ou contre les intérêts politiques. C’est un combat qui va allier tous les acteurs: société civile, politique, économie et tous les citoyens. C’est pour cela aussi que le moment est historique.

Concrètement, en quoi, moi, je peux agir dès maintenant pour être « COP21 »?

D’abord isoler sa maison. Parce qu’isoler a des incidences sur tous les autres postes: le confort, la facture énergétique et donc la consommation d’énergie. Et pour cela, il existe des mécanismes pour que chacun puisse y accéder comme l’ecopack en Région wallonne. Ensuite, si vous avez les moyens, placez des panneaux solaires. Ce sera toujours plus rentable que sur un compte d’épargne. Enfin, essayez de consommer local et de saison. C’est meilleur et aussi moins cher. Sortez et intéressez-vous à ce qui est produit près de chez vous. Après, il faudra veiller aussi à ce que la production d’énergies renouvelables soit profitable aux citoyens qui doivent en subir les « nuisances ». Comme les riverains à un parc éolien qui ne consomment que rarement la production électrique des éoliennes. L’Allemagne l’a très bien compris. La Belgique moins.

Justement, revenons au « cas belge ». Ridicules en début de COP21 avec un accord national en dernière minute et des ministres belges qui profitent du lancement de la COP21 pour… prolonger les centrales nucléaires.

La Belgique est clairement un mauvais élève comme le rappelle son “Fossil of the Day Award” reçu en début de COP21 . On est en retard sur des pays comme l’Allemagne qui bénéficient pourtant des mêmes conditions climatiques que nous: même vent, même ensoleillement mais pourtant une efficacité énergétique sans commune mesure. Un pays qui préfère prolonger ses centrales le jour où tous les chefs d’Etat du monde entier se réunissent pour discuter des mesures à prendre, n’est pas dans le bon.

Tous les acteurs, pas uniquement Greenpeace ou les ONG, le disent: le nucléaire empêche le durable de se développer. Même la CREG, la Commission de régulation de l’Electricité et du gaz, le dit. De plus, la Belgique est en retard sur son planning européen pour 2020 pour améliorer son efficacité énergétique, le développement du renouvelable et diminuer ses émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, quand on regarde des pays comme l’Allemagne ou la Chine, on se rend compte que ce sont des secteurs hyper porteurs en terme d’emplois. Mais nulle part dans le monde,  le renouvelable ne peut se développer là où le nucléaire persiste. Et ce ne sont pas des effets d’annonce qui changeront cela.

Sur le même sujet
Plus d'actualité