Orelsan & Gringe: “Etre branleur et touche-à-tout est-il un synonyme?“

Vous les aviez déjà vus dans la mini-série de Canal+ Bloqués. Orelsan et Gringe, les rappeurs de Casseurs Flowters, passent désormais au grand format. Comment c’est loin, leur premier film – une “bromance“ où deux procrastinateurs patentés doivent finir une chanson en 24h - sort chez nous le 23 décembre. L’album éponyme, soit la B.O du film, sort ce 11 décembre. La preuve que ces procrastinateurs autoproclamés sont au fond tout sauf des branleurs.

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A quel point votre film est-il autobiographique ?

Orelsan. – Je n’aime pas de dire qu’il est autobiographique parce qu’on ne raconte pas comment on a percé dans le rap… Seuls les éléments de contexte sont vrais: le rap, les caractères des personnages, la ville de Caen, etc… Mais les fils narratifs – devoir écrire une chanson pour le lendemain – sont faux. C’est plutôt de l’autofiction. 

Gringe. – Il y a tout de même plein de choses qui sont un échantillon fidèle de ce que moi j’ai pu vivre: des histoires d’amour un peu chaotiques, les relations d’amitié exclusives entre potes, un mode de vie adolescent…

Dans le film, vous entretenez notamment des relations quasi épistolaires par SMS…

G. – C’est un truc qui faisait marrer Orel, parce qu’effectivement, je suis un mec qui n’est pas synthétique, qui fait plein de périphrases et qui, ouais, met un point d’honneur à bien écrire un texto!

Vous vouliez faire passer un message à travers votre film?

G. – A la base, non il n’y avait aucune ambition de véhiculer un quelconque message.

O. – Chacun voit midi à sa porte! (Il se marre). C’est ça l’expression?

G. – Et puis, on s’est rendu compte que plein de gens se reconnaissaient là-dedans: quand tu habites une ville de province qui t’offre peu de perspectives d’avenir, si t’as pas une passion qui te dévore et qui t’anime, tu peux vite te faire chier et t’enterrer vivant. Au final, oui, en filigrane, il y  a ce message optimiste et un peu naïf: “Accroche-toi à ce que tu kiffes faire… Et fais-le.“.

Vous faites du rap, du cinéma, de la télé, de l’humour. Branleur et touche-à-tout au fond, ce sont des synonymes ?

G. – C’est une vraie punchline ça! Je vais te la piquer pour la foutre dans un texte!

O. – (Il se marre). Cela dit, c’est vrai. Moi en fait, j’ai jamais “rien“ foutu. J’ai toujours fait… “tout“. Mais ce n’était pas des trucs qui étaient reconnus par la société comme du “travail“… Par exemple, j’ai toujours fait beaucoup d’informatique. Ce qui me sert vachement maintenant: je sais faire du montage, du graphisme, etc. Mais pour les gens, à l’époque, j’étais juste un mec qui était devant son ordi et qui ne sortait pas de chez lui!

Quel est le rapport entre le rap et le cinéma ?

G. – Le rap est très visuel. Il produit des images de l’instant, des instantanés. Et il s’est toujours vachement nourri du cinéma, avec des figures mythiques comme Scarface. Et le cinéma a aussi fait des emprunts au rap. Je pense au Prophète d’Audiard et cette scène des mecs à l’usine, avec un morceau de Nas qui est hyper saccadé, très dynamique, très cru.

Ecrire pour le rap aide à écrire pour le cinéma ?

O. – Pour les dialogues, ça aide, ouais. J’aime les films aux dialogues forts, avec des punchlines, et grâce au rap, je sais construire des phrases courtes efficaces. Mais pour le scénar, ça n’aide pas, non. Ecrire un film, c’est un travail long et difficile. Un moment, j’étais bloqué: on se faisait chier dans mon film! Et parfois démêler un nœud narratif prend du temps. Un exemple tout con: à la base dans la chanson qui a inspiré le film, c’est l’histoire de deux mecs qui doivent faire un single. Mais dans le film, c’est l’histoire de deux mecs qui n’ont jamais fini une chanson et qui doivent juste en finir une. La différence est subtile, mais je ne l’ai trouvée qu’au bout de 8 mois! Je me suis dit: “Mais ouais putain, c’est des mecs qui n’ont jamais rien fini!“. C’est con, mais ça change tout. Alors que ça paraît évident quand tu vois le film.

Est-ce que vous auriez imaginé un jour faire un film dans la lignée de Dansons sous la pluie, Mary Poppins, West Side Story… ? Bref, une comédie musicale.

G. – Une vraie comédie musicale, ça demande infiniment plus de travail que ce qu’on a fait, avec des gens du music-hall qui savent jouer la comédie, chanter, danser. Nous, on danse comme deux teubs! Orel chantonne, c’est loin d’être un chanteur d’opéra! Et on est deux comédiens très modestes. Mais Orel, les comédies musicales, c’est son fantasme!

O- Ouais, j’adore ça! Les comédies musicales de Bollywood, le côté un peu kitsch… Quand j’étais petit, je regardais Grease en boucle!

Ta grand-mère est au casting…

O. – J’ai pensé directement à elle pour le rôle parce qu’elle chante tout le temps, elle est rigolote, elle a ce truc un peu “solaire“… comme ils disent dans La Nouvelle Star. Elle est trop marrante quoi! Du coup, j’ai écrit une chanson qui ressemble un peu à une valse des années 30 et je lui ai fait apprendre par cœur. Sur le tournage, n’étant pas comédienne, elle était un peu déboussolée… Moi, je ne lui disais pas quand ça tournait…

… et il y a un plan volé.

Ouais. Au moment de partir, elle me dit: “Ton grand-père attend dans la voiture, alors j’y vais!“. Et je lui dis: “Ah ouais? Ca fait longtemps?“. “- Non. Deux heures.“ Et elle part comme ça… Elle a vu le film, et c’est un peu difficile à comprendre pour elle, parce que vu que je joue mon propre rôle, elle ne sait jamais ce qui est vrai de ce qui ne l’est pas. (Il sourit.)

Vous aimez mêler les genres et les concepts…  Quel sera votre prochain concept original?

G. – Aaaah! Je connais celui d’Orel!

O. – Un livre audio. D’ailleurs, faut que j’arrête de la vendre cette idée, parce qu’on va me voler mon concept! (Il se marre).

G. – Moi, mon prochain concept original? c’est peut-être de faire un môme. C’est super original! Ca mélange les genres et… les gens. Et puis, c’est censé être ton œuvre la plus aboutie…

Vous avez été voter dimanche passé?

G. – Non, comme deux cons, on n’a pas été voter, parce qu’on est dans un trou d’espace-temps promotionnel. Moi j’ai même pas calculé que c’était dimanche! Mais on va se rattraper ce week-end.  

O. Moi je ne sais même pas où je vote! Il va falloir vite que je me renseigne, je ne sais pas si je suis inscrit à Caen ou à Paris… Ce n’est pas du tout une question de “désengagement citoyen“. C’est juste que je ne suis pas foutu… Enfin, pour vous dire, j’ai raté trois trains ce matin quoi! (Il se marre).

Vous avez un rôle à jouer, vous pensez?

G. – C’est une question que je me pose en permanence. On pourrait peut-être écrire un épisode de Bloqués, mais sans message incitateur ou moralisateur… C’est toujours très triste d’entendre un rappeur revêtir le costume du politicien ou de porte-drapeau. Je trouve que ça tombe toujours à côté de la plaque.

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