François Damiens : « J’essaie de contrôler »

Après l'immense carton de La famille Bélier, l’acteur belge revient dans Les cowboys, fresque familiale sur fond de djihad. Rencontre avec un inclassable, qui sait où il va.

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Stature imposante, regard vert et posé, François Damiens est comme le bon vin. L’homme se bonifie avec le temps. Quand on rencontre François ex-l’Embrouille, venu nous parler des Cowboys entre trois tournages, il semble loin le temps des caméras cachées qui l’ont fait connaître il y a quinze ans. Excusez du peu, il vient d’enchaîner le prochain Yvan Attal, « un film à sketches » qui s’intitule Heureux en France; il s’affichera bientôt aux côtés de la sublime Veerle Baetens dans le prochain film de l’intrigant Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien), « une comédie existentielle ». Et s’apprête à rejoindre le très attendu premier long métrage de Stéphanie Di Giusto (La danseuse) aux côtés de Lili-Rose Depp et Soko. Comment expliquer un tel éclectisme? « Il y a du John Wayne en lui », s’amuse Thomas Bidegain, scénariste de Jacques Audiard et réalisateur des Cowboys dans lequel François Damiens apparaît en santiags et chapeau, prêt à tout pour retrouver sa fille disparue avec l’appel du djihad. « Avec Thomas on se connaît bien. Je suis allé chez lui, il est venu chez moi, il a rencontré mes amis. Et puis on a beaucoup parlé de nos pères, ça rapproche », lâche François pour botter en touche le compliment. Aérée et puissante, la filmographie de l’acteur s’est construite sur les années, passant allègrement des feel good movies (Le tout nouveau testament, L’arnacœur) aux ambitieux films d’auteur (La Famille Wolberg, Suzanne), caressant même la fibre sensible du mélo (Tango libre, La délicatesse). Et raflant au passage le jackpot de l’année avec le succès-surprise de La famille Bélier (7,5 millions d’entrées France). A 42 ans, l’acteur tutoie le succès sous toutes ses formes et continue de chercher ailleurs. Maniant avec aisance la métaphore culinaire pour causer cinéma, il  nous a parlé en gourmand de son travail et c’était passionnant…

« Jouer la famille au premier degré, c’est ce qui me touche car c’est infini. »

Dans la première scène des Cowboys vous chantez Tennessee Waltz, un morceau de musique country, et c’est très beau. Vous chantez souvent sous la douche?

François Damiens – Merci mais non! J’ai toujours eu énormément de mal à chanter, ça me pétrifie. Je suis quelqu’un d’assez pudique et pour cette scène, j’avais l’impression de me mettre à poil. Jouer de la guitare et chanter devant tout le monde au premier degré, j’en dormais pas la veille. J’aurais voulu me mettre en dessous du plateau. Je suis d’ailleurs le dernier à aller chanter au karaoké. Pour chanter juste et être touchant, il faut retirer tellement de couches.

Pourtant, le ridicule ne vous fait pas peur…

F.D. – Non, parce que là je suis au millième degré. Ce qui est difficile, c’est de jouer sans artifice, sans jeu. Si j’avais pu chanter en faisant l’imbécile ça ne m’aurait pas posé de problème. Je ne connais pas bien la country, mais j’aime bien le côté folklorique de cette musique. J’aime aussi observer les codes des fans de country, qui sont amusants à identifier. Et puis j’adore Tennessee Waltz. C’est une très belle chanson qui existe depuis une centaine d’années et qui a été reprise plein de fois, par Leonard Cohen notamment.

Comment êtes-vous arrivé sur le projet des Cowboys, qui paraît loin de votre univers?

F.D. – Je connais Thomas Bidegain depuis une dizaine d’années. C’est lui qui écrit entre autres les textes de la cérémonie des Césars. On déconne souvent ensemble dans les coulisses. Et un jour, je lui ai dit que j’aimerais bien être dans les films qu’il écrit. Quand il a voulu réaliser Les cowboys, il a pensé à moi. Il cherchait quelqu’un qui n’ait pas l’air ridicule avec un chapeau…

Vous vous prenez pour un cowboy?

F.D. – Dans la vie, pas du tout. Pour moi, un cowboy, ça a un côté un peu baraki, c’est un mec un peu bas de plafond qui a besoin d’appartenir à un groupe, comme dans la pyramide du psychologue Maslow, où chacun agit en fonction de ses besoins plus que de ses convictions. Mais ça n’est pas mon cas. Je n’aime pas appartenir à un groupe. Même si ça peut être très rassurant.  

La suite dans le Moustique du 9 décembre 2015

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