Chiens de race: Attention trafic méchant

Pointée du doigt depuis plusieurs années, la Belgique serait une plaque tournante du recel de chiens. Un phénomène que plusieurs lois tentent d’endiguer. Sans trop de succès…

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C’est combien? 800 euros le kilo? Alors j’en prends 15 kilos ». Entendu dans Je suis un soldat, le film de Laurent Larivière actuellement dans les salles, ce dialogue ne sort pas de la bouche d’un dealer de truffes, de caviar, ni même de stupéfiants. Non, le kilo dont parle le personnage incarné par Jean-Hugues Anglade – qui partage cette affiche avec Louise Bourgoin – est bien un kilo… de chiots. Car en toile de fond de cette jolie fiction se tisse la réalité sordide du trafic de chiens de race en provenance des pays de l’Est. Et dont l’une des plaques tournantes – on vous le donne en mille! – serait… la Belgique.

Chihuahuas, bouledogues français, pinscher… Un phénomène qui touche toutes ces races en vogue mais aussi de nombreuses autres et rapporterait des fortunes à ceux qui les importent illégalement. Achetés – au poids ou à la caisse – en Tchéquie, en Hongrie ou en Slovénie pour environ 300 euros le chiot, ils sont revendus chez nous entre 600 et 850 euros. Certains importateurs pouvant se faire plus de 60.000 euros par an… Un phénomène récemment confirmé devant la caméra cachée des Infiltrés de France 2. « Les chihuahuas, ça part toute l’année. On a l’impression de vendre de la cocaïne! »

Après les armes et les stupéfiants, le commerce illégal d’animaux est le troisième plus gros trafic au monde.

Cette importatrice ne croit pas si bien dire. Après les armes et les stupéfiants, le commerce illégal d’animaux est le troisième plus gros trafic au monde. Un excellent business, donc, si ce n’étaient les conditions problématiques de ces exploitations où les chiens sont parfois « élevés » dans des tonneaux à croquettes au milieu de leurs excréments. Avant d’être parqués par dizaines dans le coffre d’une vulgaire voiture et de parcourir 1.500 ou 2.000 kilomètres sans eau ni ventilation. Trempés par leur urine. À l’arrivée: des chiots à l’article de la mort. Ou morts tout court.

Montrées du doigt, notamment par la France, décidément, qui craignait une épidémie de rage véhiculée par ces chiens de l’Est, les autorités belges et européennes ont déployé un arsenal législatif pour pallier le laxisme, pour ne pas dire l’archaïsme, de nos lois. Une première législation a donc été votée en 1995 pour prohiber la vente de chiens sur les marchés, une seconde interdit depuis 2009 le commerce d’animaux par des éleveurs non agréés, et une troisième entrée en vigueur cette année bannit toute importation de chiots âgés de moins de trois mois et/ou vaccinés depuis moins de 15 jours.

De quoi résoudre le problème? « Absolument pas car ces importations depuis l’Europe de l’Est ont toujours lieu! », se désole Michel Vandenbosch, le président de Gaia. Avant de confirmer que ce phénomène ne concerne pas seulement la vente en ligne entre particuliers – de plus en plus prisée par les futurs maîtres – mais aussi nos animaleries et même nos éleveurs agréés… « La loi autorise encore ces supermarchés d’animaux à commercialiser ces chiens sur catalogue. Ils peuvent donc mettre leurs clients en relation avec des éleveurs étrangers à condition que les autorités de ces pays attestent par écrit que les conditions d’élevage répondent aux mêmes exigences que celles de la loi belge. Ce que peuvent également faire les éleveurs agréés qui ont au minimum dix portées de chiens par an issus de leur propre élevage. Or, on le sait, les attestations livrées dans ces pays de l’Est sont très souvent bidon! »

Sac à puces piratées

Faux documents d’exportation, carnets de vaccination aux étiquettes de produits falsifiées, puces électroniques trafiquées… Ces réseaux semblent particulièrement bien organisés. On a ainsi découvert récemment que des chiots étaient importés illégalement depuis la Tchéquie vers les Pays-Bas où ils recevaient de faux papiers et étaient ensuite revendus en Belgique comme des « chiens hollandais ». « Après avoir fait un grand pas en avant avec l’interdiction de la vente de chiens sur les marchés, le gouvernement de l’époque piloté par Yves Leterme a affaibli cette législation à coups d’arrêtés d’exécution. Au lieu de défendre le bien-être de ces animaux et, indirectement, les intérêts des consommateurs, nos politiques ont donc joué le jeu des animaleries et décidé de protéger ceux qui se font du fric sur le dos de ces milliers de chiots importés chaque année et dont une grosse part arrive ici en mauvaise santé, avec des problèmes de consanguinité. »

La suite dans le Moustique du 9 décembre 2015

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