Coup de gueule contre l’électricité « gratuite »

Une pub radio, proposant “un hiver d’électricité gratuite”, heurte les oreilles d’une de nos journalistes. Voici pourquoi…

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À chaque fois que je l’entends à la radio, elle me hérisse le poil. Un dialogue de couple, tout imbibé de clichés sexistes (mais ce n’est pas le sujet ici et, de toute façon, la liste serait trop longue), met en scène un homme très désireux de passer l’aspirateur. Sa femme l’a déjà fait. « Depuis que c’est gratuit, tu veux bien passer l’aspirateur, c’est ça », le taquine-t-elle en substance. Le slogan de la campagne: « L’électricité: encore plus de plaisir quand c’est gratuit. Dès maintenant: un hiver d’électricité gratuite ».
 
Ça m’a dérangé. Choqué, même. Alors que le monde entier a les yeux rivés sur la COP21, alors que de plus en plus de citoyens, mais aussi de décideurs politiques et d’acteurs économiques reconnaissent que le prix de l’énergie (fossile, nucléaire) est incroyablement trompeur, scandaleusement trop « bas » par rapport à son coût pour la Planète et les hommes, suggérer que l’électricité puisse être « gratuite » m’étonne, pour ne pas dire plus. Mon sentiment d’auditrice c’est qu’on me dit: “consommez-en autant que vous voulez (passer l’aspirateur est, somme toute, un loisir comme un autre), ça ne coûte rien! »
 

« Le but n’est pas de pousser à consommer »
Ma surprise grandit encore quand je me rends sur le site du fournisseur en question, www.essent.be, et découvre qu’ils sont fiers (on les comprend, d’ailleurs) de fournir de l’électricité verte à 140.000 familles belges et font partie d’un groupe qui est le premier producteur d’électricité renouvelable aux Pays-Bas. Pour en avoir le coeur net, je passe un coup de fil à la responsable des relations publiques. Très surprise par ma réaction au sous-entendu de la campagne, elle m’explique que, au contraire, ils envoient chaque mois à leurs clients des astuces pour économiser l’électricité. « Nous ne voulons pas pousser les gens à consommer plus d’électricité. À l’heure actuelle, ce serait inadmissible. Ce n’est absolument pas le but de cette campagne, mais bien d’attirer l’attention sur une promotion.  D’un côté, nous voulons être durables et réfléchir à l’avenir de notre Planète, mais de l’autre, la hausse du prix de l’électricité est une thématique qui préoccupe beaucoup les consommateurs. Nous avons voulu une campagne créative, qui ne dise pas simplement « 20 % de réduction ». » Dont acte.
 
Cela soulève en tout cas une question difficile. Certes, la facture d’électricité peut peser lourd dans le budget de ménages précaires, or elle répond à un besoin de base. Mais pour autant faut-il tout faire pour offrir de l’énergie toujours moins chère? Que ce soit les dérivés du pétrole, du gaz, du charbon ou du nucléaire, il est évident que le prix de vente de l’énergie non renouvelable ne prend pas suffisamment en compte la quantité d’externalités négatives de leur extraction, de leur exploitation, de leurs déchets pour la nature et la population (future). Certains, même parmi les acteurs économiques majeurs, demandent d’ailleurs qu’un prix soit rapidement fixé (notamment pour les émissions de CO2) pour l’inclure dans le « coût » final réel (matériel, environnemental, social) d’un bien ou d’un service. La piste n’est-elle pas de faire payer le « juste » prix de l’énergie à tous, quitte à octroyer des aides chauffage, transports etc. à ceux qui ne pourraient se permettre ces besoins de base?
 
Dans tous les cas, campagne de marketing ou pas, il ne faudrait pas se laisser bercer par l’illusion qu’une énergie quelle qu’elle soit ne « coûte rien ». Même le renouvelable n’est pas « absolument » propre, puisqu’il faut fabriquer les éoliennes, les panneaux solaires, etc. La seule énergie gratuite, reste celle qu’on ne consomme pas.

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