Zazie: « Je m’accepte comme je suis, imparfaite »

Après l'échec de son dernier album et une rupture sentimentale, Zazie reste zen. La meilleure façon de vivre.

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Longs cheveux bruns, large sourire, Zazie défie le temps du haut de ses 51 printemps. Deux ans après le flop d’un disque assez personnel (« Cyclo« ), la chanteuse revient sensiblement métamorphosée avec « Encore heureux« , un neuvième album studio imaginé entre la Grèce et l’Islande, ses rêves et la France. Après dix mois de vadrouille et d’enregistrement, on découvre aujourd’hui onze nouvelles chansons décomplexées: des hymnes à l’amour et à la vie où Zazie parle d’elle et du monde. Après plus de vingt ans de carrière, la coach de The Voice, la plus belle voix n’a toujours pas sa langue en poche. Dans ses textes, elle évoque son rôle de mère (Oui-Filles), les aléas du couple (Perchée) et panse les plaies de la tragédie Charlie Hebdo avec quelques notes d’espoir (I Love You All). On en a bien besoin.

Pensez-vous que notre époque cultive une fâcheuse tendance à broyer du noir?

ZAZIE – Si on doit résumer notre époque en quelques lignes, ça va donner quelque chose comme ça: les indicateurs socioculturels sont dans le rouge. Entre la crise économique, les montées extrémistes, les guerres, les flux migratoires et le système capitaliste où on tend davantage à se définir par l’avoir que par l’être, ça ne laisse pas beaucoup de place à l’optimisme. Et puis, il y a l’immédiateté de l’information. Grâce à Internet et la toile des réseaux sociaux, on est au courant de tout, tout de suite. Le problème, dans ce monde-là, c’est qu’on ne se connaît pas vraiment. Je pense que le bonheur, il faut le travailler au quotidien, dans le détail, les petites choses. Mon nouvel album « Encore heureux », c’est ça. C’est être capable de s’arrêter de bosser pour prendre le temps de regarder un coucher de soleil. Parce que c’est beau, gratos et bon pour le moral. La tristesse et la morosité sont des composantes de nos vies modernes. Mais ce n’est pas ce qui nous définit en tant qu’êtres humains. C’est juste quelque chose qui nous arrive.

On vous présente désormais comme une chanteuse moins tourmentée. Êtes-vous d’accord avec cette analyse?

ZAZIE – Pas du tout. Dans le public, les maisons de disques ou les médias, certaines voix se sont simplement contentées d’interpréter les mauvais chiffres de vente de mon album précédent « Cyclo ». On disait « Si le disque n’a pas rencontré de succès, c’est qu’il était moins bon ». De l’intérieur, j’ai vécu les choses différemment. Déjà, le jour où j’ai publié « Cyclo », je savais que ce ne serait pas un album fédérateur. Dans ce disque, ma démarche est hyper-personnelle. Je me posais énormément de questions, sans apporter la moindre réponse. Quelque part, j’explorais mon côté sombre: une partie de moi que je ne connais pas. Ou alors très mal. Après, je comprends tout à fait que le public soit en demande de divertissement. Quand on enregistre un disque plus introspectif, c’est normal de ne pas rencontrer l’enthousiasme collectif. Du coup, l’échec est relatif. Parce que 68.000 albums vendus, ça reste une débâcle encourageante tout de même. « Encore heureux » est plus lisible, solaire et, certainement, moins sombre. Mais les sujets abordés restent énigmatiques. Je n’ai jamais cessé de m’interroger sur les failles humaines. Ça ne m’intéresse pas de chanter le lissage ou le formatage.

Sur la pochette du disque, vous marchez à l’oblique dans les rues de New York. Se faire photographier de façon décalée, c’est une façon d’adopter un autre point de vue?

ZAZIE – Le scandale Lehman Brothers de 2008 a commencé à New York. C’était l’épicentre de la crise. A l’origine, j’avais surtout en tête la verticalité de cette ville. Ça raconte quelque chose. Ça parle de nos vies modernes, nécessairement, lancées vers le haut. Aujourd’hui, il faut absolument être le plus riche pour pouvoir revendiquer une place au sommet de la pyramide. Une fois en haut du gratte-ciel, que fait-on? Au mieux, on y reste un moment. Au pire, on chute. Dans tous les cas, on redescend plus ou moins vite. Je trouve que nos vies sont trop verticales. On doit apprendre à contrebalancer la géométrie du monde. Nous devons nous accepter tels que nous sommes: imparfaits. Nous ne sommes pas des buildings. Nous penchons.

La suite dans le Moustique du 2 décembre 2015

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