Dealers d’images: business juteux, business dangereux

Filmer les attaques avec son téléphone portable peut rapporter gros. Mais aussi coûter très cher.  

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300 euros pour celle-ci, 400 euros pour celle-là. Au lendemain des attentats de Paris, nombreux étaient les badauds à dealer les images de l’assaut donné à Saint-Denis par les policiers le mercredi 18 novembre. «La cinquième vidéo, elle est fatale, on dirait un film» s’exclamait l’un d’entre eux. «Il a risqué sa vie pour la prendre!» se défendait un autre pour justifier la somme exigée dans un sujet filmé par le Petit Journal. En temps de «guerre», il n’y a visiblement pas de petits profits. «Pourquoi cracherais-je sur cet argent?» s’interrogeait ainsi un riverain de la rue du Corbillon. Encouragée par de nombreux médias qui ont ouvert leurs portes à ces vidéastes et photographes amateurs –dont RTL-TVI et la RTBF, cette pratique ne date pourtant pas d’hier. «On a découvert cela lors du tsunami en Asie du sud-est et des attentats du métro de Londres, rappelle Marc Lits, professeur à l’École de Journalisme de l’UCL, à La Libre. Les premiers téléphones portables avec caméra se développaient et des gens filmaient, avant de donner gratuitement leurs images à des chaînes de télévision d’info en continu.».

Reste que le phénomène est de plus en plus motivé par l’argent. Selon les équipes du Petit Journal, le patron de la pizzeria Casa Nostra, ciblée par les attaques, aurait même vendu les images de sa vidéosurveillance au Daily Mail pour 50.000 euros… Une info démentie par celui-ci qui incrimine désormais une personne de son entourage.

Trois ans de prison et 45.000 euros d’amende

Quoi qu’il en soit, cette pratique n’est pas sans danger. Ni sans conséquences civiles et pénales. Que risque donc celui qui a vendu ces vidéos? Outre le fait de livrer des informations confidentielles sur les auteurs de ces attaques ou de porter atteinte au droit à l’image des victimes indentifiables sur ces vidéos, le «détournement d’images de vidéosurveillance à des fins étrangères au maintien de la sécurité» est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende. Sans parler du risque de voir les badauds afflués à la prochaine scène de crime armés de leur téléphone portable… Voire qu’ils ne provoquent eux-mêmes un incident rémunérateur?
 

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