L’armée belge va-t-elle débarquer en Syrie?

De la légalité d’une intervention à ses objectifs militaires, petit tour d’horizon de la question.

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Après avoir participé aux frappes aériennes contre les positions irakiennes de Daech, allons-nous étendre le théâtre des opérations à la Syrie? Une chose est sûre, le conseil des ministres vient de (re)confirmer la mission de la frégate Léopold Ier. Cette dernière escortera donc le porte-avions français Charles de Gaulle –déjà sur place- afin que celui-ci poursuive ses bombardements sans encombre. Au risque, comme cela a été répété dans la presse, de voir sa mission défensive se muer en offensive sous l’élan français? « La mission offensive sera celle du porte-avions, rétorque Tanguy de Wilde, professeur et chercheur au Centre d’étude des crises et des conflits internationaux (UCL). Les frégates ont une mission d’escorte. Par nature, elles ne peuvent donc pas être offensives!”. La Belgique limitera-t-elle sa participation à cette seule frégate? Du côté de la Défense, en tout cas, on s’attend à voir la France demander prochainement des renforts supplémentaires à la Belgique.

Cible en vue?

Mais ne soyons pas trop optimistes. Une offensive exclusivement aérienne risque bien de ne pas s’avérer suffisante pour exterminer Daech. D’autant qu’on a ici affaire à un mouvement extrêmement mobile et dispersé sur un territoire immense. Les frappes de la coalition arabo-occidentale initiées en août 2014 n’ont d’ailleurs pas réussi à le stopper. « Après ces camps d’entraînement et ces centres de commandement, on se demande d’ailleurs quelles vont être les prochaines cibles militaires, s’interroge Thierry Kellner, docteur en relations internationales et professeur de Science politique à l’ULB. La suite risque d’être un peu plus compliquée puisqu’il s’agira alors de cibler de très petites structures, un convoi, voire une seule voiture… On le sait, l’Etat islamique a bien appris à disséminer ses forces.”

De toute façon, nos soldats ne sont pas prêts de monter au front. L’armée belge n’est d’ailleurs plus équipée pour les combats lourds. Les troupes qui pourraient participer à des opérations terrestres interviendraient alors dans le cadre de missions de « deuxième phase”, comme la surveillance. Des missions d’appoint pour lesquelles les Belges sont, en revanche, parfaitement formés. Et qu’ils ont déjà menées en Bosnie, au Kosovo, en Afrique ou en Afghanistan. « Avec ses frappes sur Daech en Irak et ses missions d’assistance aux opérations françaises, poursuit Tanguy de Wilde, la Belgique n’a déjà pas à rougir et est, à son échelle, déjà pourvoyeuse de sécurité internationale. C’est d’ailleurs ce qui fait que nous sommes encore écoutés à l’Otan et à l’ONU. Car un Etat qui serait seulement capable de défendre ses frontières et de penser à sa sécurité intérieur serait considéré comme en déficit structurel de puissance.

Mais avant de se demander s’il faut taper Daech, posons-nous la question de savoir si une intervention militaire belge serait légale aux yeux du droit international. Et là, c’est loin d’être gagné… « Même s’il y a une convergence des grandes puissances, je n’imagine pas que le Conseil de Sécurité de l’ONU puisse donner son feu vert car la nature du mandat serait relativement difficile à définir. Et on n’imagine pas non plus une demande du côté Syrien.” Reste donc l’article 51 de la Charte des Nations Unies qui autorise une action militaire en cas de légitime défense. C’est l’option choisie par Bush pour attaquer l’Afghanistan après le 11 septembre, mais aussi par François Hollande. La France estimant que la préparation en Syrie d’attentats perpétrés sur son sol remet en cause sa sécurité. « C’est une manière de tirer très fort sur le concept et je ne pense pas que cela soit compatible avec notre position en matière de politique étrangère!
 

La suite de ce dossier ce mercredi dans Moustique

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