Paris: le show continu

JT sans fin, kiosques pris d’assaut, émissions et éditions spéciales… Plus que jamais, les médias ont été source d’informations et d’émotions.

photonews-8

Tout commence ainsi: l’équipe de France est en train de battre en direct celle d’Allemagne, Christian Jeanpierre annonce des événements graves à Paris qui empêchent toute interview d’après-match. Bixente Lizarazu dit des trois minutes restantes qu’elles seront impossibles à commenter. Bientôt, on apprend les premières nouvelles, déjà dramatiques, TF1 montre François Hollande exfiltré pendant que le public et les joueurs restent prisonniers du stade (deux titulaires sont particulièrement touchés: Antoine Griezmann savait sa sœur, finalement sauve, au Bataclan, Lassana Diarra a perdu une cousine dans les fusillades du 11e arrondissement). 

Pendant que France 2 reste étonnamment bloqué sur Ce soir ou jamais (thème: le réchauffement climatique), l’antenne de TF1 bascule sur celle de LCI, chaîne d’info continue du groupe. France 3 et la RTBF se mettent rapidement et efficacement en mode « Edition spéciale » pendant que RTL-TVI est pénalisé par son absence de moyens journalistiques après 20h.

Les chaînes d’info continue accusées en janvier dernier de donner involontairement des renseignements aux terroristes sont cette fois tenues à distance. Ce qui n’empêche pas LCI d’annoncer l’assaut imminent du Bataclan alors que des survivants raconteront qu’un agresseur au moins était au téléphone avec l’extérieur (avec un coordinateur, avec un complice chargé de scruter les médias?). Pour le reste, les dispositifs sont désormais rodés: un journaliste-présentateur, un spécialiste derrière son ordinateur pour le flux d’infos à commenter en direct, des invités souvent sortis des services secrets ou d’intervention.

Et puis des éditions spéciales qui s’enchaînent jusqu’aux heures habituelles des JT, forcément spéciaux. Samedi soir, dans son impatience à reprendre la main, Laurent Delahousse annonce « il est 20 h » avec trois bonnes minutes d’avance. La RTBF baptise l’opération « Attentats à Paris », RTL « Horreur à Paris ». Tout un programme. Non, deux.

Tout le week-end, les kiosques à journaux sont pillés. Presse belge, française ou non francophone, éditions spéciales ou journaux du dimanche, tout a été vendu. La presse de l’Hexagone parle de guerre (même dans Le Monde) qui ne fait que commencer (Le Figaro) et appelle à la riposte (Le Parisien). Hors de tout discours conciliant, leur regard sur la Belgique devrait aussi servir à nous réveiller. Touché par la sincérité désarmée de Françoise Schepmans, bourgmestre de Molenbeek, TF1 parle d’un quartier où des initiatives ont été prises, d’un lien entre ses habitants mais aussi d’un manque de fermeté coupable face à la radicalisation.

France Inter, sans concession, parle d’une poudrière où  100.000 personnes, très majoritairement d’origine maghrébine, s’entassent dans des maisons délabrées.  Libération conclut sans qu’on n’ose les contredire: « Belgique, carrefour de l’islamisme ».

Sur le même sujet
Plus d'actualité