Gloire et déboires de l’Union Belge

Alors que les "mini-Diables" explosent et que leurs aînés rayonnent au zénith, la gestion du foot belge est à nouveau sujette à controverses. On détaille le "palmarès" de la Féd

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Finances – « Prix Jacqueline Galant »

« Gabegie: le grand déballage a commencé à l’Union Belge. Et ce n’est sans doute pas fini… » On se souvient de ce tweet de Thierry Luthers, le journaliste sportif de la RTBF, le 22 août… 2014 après la révélation d’un « gaspillage » de 300.000 euros pour la réservation d’un hôtel au Brésil… Depuis, on n’a pas cessé de trouver des cadavres dans les placards de la Maison de verre. Le dernier macchabée a été dévoilé la semaine dernière par La DH: une dette passée de 7 à 17 millions d’euros entre la saison 2012-2013 et 2013-2014. Un déficit, étonnant voire paradoxal, quand on sait que le business engendré autour des exploits des Diables n’a jamais été aussi florissant…

Ce « trou » de 10 millions d’euros serait à imputer « aux dépenses et aux primes pour le Brésil », dit-on à l’Union Belge. Est-ce à dire que la Fédération n’aurait pas totalement anticipé l’augmentation du train de vie des Diables Rouges? En février, Steven Martens avait déjà fait les frais de cette gestion « à la Galant », entre dépenses non justifiées, factures surgonflées et C4 distribués à la volée (ce qui grève forcément un budget). L’ex-CEO a-t-il joué les lampistes de service ou cette nouvelle casserole fait-elle partie du douloureux héritage de son intendance?

Gouvernance – « Prix Sepp Blatter »

En juin dernier, François De Keersmaecker a été réélu, pour deux ans, à la présidence de l’Union Belge. C’était la première fois que le « président des amateurs » n’était pas l’unique candidat à sa succession: Joseph Allijns, président de Courtrai et représentant des « pros », lui disputait le trône. Résultat des votes: 11-11! Une égalité parfaite synonyme d’une parfaite… inertie: dans pareil cas, selon les statuts, le président sortant garde son sceptre… Au lieu de témoigner d’un certain courage en s’effaçant – il avait de nombreuses raisons de le faire -, De Keersmaecker s’est cramponné à son siège du mieux qu’il pouvait, à la façon d’un Sepp Blatter. Déçu, Marc Coucke, le sémillant et visionnaire président d’Ostende, claquait la porte du comité exécutif, dénonçant une Fédération cernée de pique-assiettes qui « souhaitent que la gestion affreuse mise au jour pendant le Mondial au Brésil soit prolongée », parce qu’ils « ne voulaient sans doute pas perdre des voyages ou des petits cadeaux luxueux ».

Le vote a surtout officialisé la fracture ouverte, au sein de la Maison de Verre, entre pros et amateurs. Depuis lors, la Pro League, qui défend les intérêts des clubs de D1, s’est employée à remettre la main sur la Fédération. Elle a négocié en septembre des changements structurels: elle a tour à tour récupéré la majorité des sièges au comité exécutif, obtenu la « parité » au Conseil d’administration et surtout, acquis la prédominance au sein de la Commission sportive des Diables Rouges. Un véritable Game Of Thrones. Désormais, Pro League et URBSFA cogérent les aspects financiers de l’équipe nationale A et Espoirs. A savoir: les contrats des entraîneurs, les primes, les droits d’images… Il était temps.

Engouement populaire – « Prix Stromae »

Cela fait désormais partie du mythe: il fut une époque où il fallait distribuer des places gratuites pour remplir péniblement un tiers du Stade Roi Baudouin. Il y a six ans, lors du match de la Belgique, alors 75e mondiale, en Arménie, aucune télé n’avait envie de retransmettre le match et seul un supporter belge avait fait le déplacement.

Aujourd’hui, le contraste est saisissant. Cela fait 10 matchs à domicile d’affilée que les Diables Rouges disputent à guichets fermés (ce sera encore le cas contre l’Italie et l’Espagne). A l’extérieur, les supporters se déplacent en masse (on a compté jusqu’à 9.000 fans en Ecosse!). Et point de vue audiences, la barre du million de téléspectateurs francophones est régulièrement franchie.

Tout n’est pas encore parfait. On se rappelle que les supporters avaient été snobés lors du retour (bâclé) du Brésil. Histoire de montrer qu’elle avait retenu la leçon, la Fédé avait décidé d’organiser une petite fête pour la qualification à l’Euro à l’issue de Belgique-Israël. Elle est cette fois peut-être tombée dans les travers inverses: le DJ set de Dimitri Vegas et Like Mike sur la pelouse du Heysel avait des allures de Tomorrowland du pauvre… « Du foutage de gueule » a même jugé le toujours mesuré Stéphane Pauwels. La politique de ticketing, quant à elle, reste régulièrement critiquée par les fidèles.

Formation – « Prix Freinet »

En accédant au dernier carré de la Coupe du monde des moins de 17 ans au Chili, la Belgique a signé une performance historique. Certains aimeraient voir dans cet exploit des « mini-Diables » un écho aux résultats de leurs aînés, devenus n°1 au classement Fifa, et le signe d’un renouveau de la formation dans notre pays. Cette pyramide d’équipes performantes est-elle le fruit du hasard ou d’un savant travail?

Une vaste réforme a, il est vrai, été initiée il y a 15 ans. Suite à un affront, 10-0, des Espoirs contre le Brésil, dans la foulée de l’élimination de la Belgique au premier tour de l’Euro 2000, Ariël Jacobs, responsable des équipes de jeunes de l’époque, renverse la table: fini le vieux 3-5-2 défensif « à la belge », place au 4-4-3, plus moderne, dans toutes les équipes d’âge! Son idée? Abandonner une philosophie de jeu basée sur la contre-attaque pour une stratégie basée sur la possession du ballon. Finis, les « Donne ta balle! » et les « Ne dribble pas! »: sur le bord du terrain, on encourage les joueurs à « oser » et à développer leurs capacités techniques et créatives.

Autre originalité, instaurée par Bob Browaeys lui-même, le coach à succès des moins de 17 ans: le concept de « responsabilisation tactique ». Soit la mise en place de séances d’analyses vidéo des forces et des manquements de l’adversaire par… les joueurs eux-mêmes! La veille de chaque match, ceux-ci visionnent des images de l’équipe adverse, avant de partager leurs observations avec leur coach. De cette méthode révolutionnaire résulte une maturité tactique, dont le foot belge cueillerait aujourd’hui les fruits… Le modèle belge serait devenu une référence dispensée dans tous les séminaires européens…

Marketing – « Prix Jacques Séguéla »

C’est peut-être le domaine où la Fédération excelle le plus. Il y a 8 ans, lorsque Benjamin Goeders, actuel responsable du marketing, est entré en fonction, tous les sponsors avaient déserté. Les ventes de maillots étaient quasi au point mort. Une anecdote, relayée par Sport/Foot Magazine, est éloquente: un soir de nul blanc contre le Kazakhstan en août 2006, deux journalistes kazakhs cherchent à acheter un maillot des Diables Rouges. En vain. La Fédé, elle, tombe des nues: elle ne connaît pas un seul lieu de vente…

En 2010, après la non-qualification pour la Coupe du monde, Nike décide de ne pas reconduire son contrat. Burrda, une marque qatarie low cost, reprend le flambeau. Les premières années, les ventes sont ridicules. Puis elles connaissent un boom: 250.000 articles en 2014. Depuis, la Belgique s’est associée à Adidas, après avoir reçu une offre mirobolante. Aujourd’hui, il y a 12 main sponsors (Carrefour, BMW, Coca-Cola, ING, Jupiler, Proximus…), qui allongent chaque année un demi-million d’euros. Et la Fédé doit refuser les sollicitations, pour assurer à chaque partenaire l’exclusivité dans sa branche. C’est sûr: même si elle commet des bourdes énormes par amateurisme, l’Union Belge conserve un bon « produit »… Et, des cosmétiques aux canettes à l’effigie de ses stars, la machinerie marketing mise au point devrait lui permettre de capitaliser sur la marque « Diables Rouges » pour un bon moment encore…

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