Gazon maudit pour les héros du gazon

En troquant les bières contre les tours de piste, la plus mauvaise équipe de foot du royaume va nous faire hurler dans Les héros du gazon, sur La Une.

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Ambiance buvette et odeurs de vestiaires, sortez les chips et les vuvuzelas, une émission de télé va bientôt réveiller votre âme de supporter. Pas question de hurler en faveur de Fellaini et Kompany, non, on parle bien de foot rural, cette fois-ci, celui qui fait vibrer les terrains de province chaque dimanche. Car si l’on connaissait The Voice et Koh-Lanta, voilà que débarque un tout nouveau format dans le paysage de la télé-réalité, Les héros du gazon. Oubliés, les cours de chant et les épreuves de survie, ici seul le sifflet produit des harmonies, alors que les terrains de foot servent de parcours d’obstacles. Bienvenue sur les terres d’une des pires équipes de Wallonie: le RFC Yvoir B. Une équipe de quatrième division provinciale qui, sur la seule saison de 2014-2015, a encaissé 153 goals en dix-sept matchs. Pas glorieux. Un score en passe de changer grâce à l’expertise d’un coach renommé venu les faire progresser: Léo Van der Elst. Oui, l’ancien Diable Rouge du penalty contre l’Espagne qui a mené les Diables en demi-finale de la Coupe du monde au Mexique en 1986. Le décor de cette toute nouvelle émission est planté. Le résultat, lui, s’annonce des plus savoureux.

Inspiré du concept d’une télé-réalité flamande qui suivait l’évolution d’un groupe de cyclistes amateurs, le format a été réadapté pour plaire au public wallon. Et quoi de mieux que le foot, le sport le plus populaire dans le sud du pays, pour galvaniser les téléspectateurs? « Un jour, on a vu débarquer un journaliste avec une petite caméra » se souvient Philippe, joueur et entraîneur de l’équipe du RFC Yvoir. « On allait affronter l’équipe de Beauraing et il nous a expliqué qu’il devait filmer plusieurs équipes pour un projet d’émission pour la RTBF. Ce jour-là, on a encaissé 16 goals. Il nous a dit qu’il reviendrait sûrement très vite. » Quelques semaines plus tard, le journaliste est de retour avec une équipe, cette fois.

« Au premier entraînement, je leur ai fait courir trois tours de terrain… La plupart en étaient incapables. »

La sentence tombe: après comparaison, le RFC Yvoir, désigné pire équipe du royaume, est sélectionné pour participer aux Héros du gazon, un programme pensé par le magnat des médias Endemol et coproduit par la RTBF. Le but? Progresser dans la compétition en échange d’un coaching intensif et d’un régime particulier pour produire une émission de télé « différente » comme nous l’expliquait Benjamin Deceuninck. « C’est assez accrocheur comme programme, très humain, et d’après moi ça va intéresser bien plus de monde que les amateurs de foot. Les héros du gazon présente des scènes de vie quotidienne avec des notions comme le collectif, le dépassement de soi, l’équipe… Finalement, ça concerne beaucoup de personnes. Les joueurs d’Yvoir sont très attachants, assez hauts en couleur et les esprits s’échauffent souvent. Ça vaut le détour. »

De zéros à héros

Une télé-réalité « authentique » tournée sur plusieurs mois, vécue comme une belle opportunité pour les joueurs de la plus mauvaise équipe de quatrième provinciale. « Franchement, on n’a pas hésité longtemps avant d’accepter quand on a su que c’était Léo Van der Elst qui allait nous entraîner » continue Philippe. « Moi, j’avais 38 ans, une chance comme celle-là, ça n’arrive qu’une fois dans une vie. Je ne suis pas dupe, si j’avais dû faire carrière en tant que sportif, ce serait arrivé plus tôt. Là on nous donnait l’opportunité de recommencer comme si on était des gamins dans un centre de formation. »

L’ancien Diable Rouge, plus habitué aux Divisions 1 qu’aux Provinciales, a mis un peu plus de temps avant de se faire à l’idée de ce coaching particulier. « Je n’avais aucune idée de la manière de procéder avec des adultes qui n’ont pas spécialement de formation et puis il y a la barrière de la langue aussi, je ne pensais pas mon français assez bon pour m’en sortir » confie Léo Van der Elst, qui a également coaché Ostende et Alost. « Mais dans le fond, je savais que l’aventure serait intéressante pour moi. C’est une manière de revenir aux fondamentaux, aux bases du football. »

Léo ne pouvait tomber plus juste. Sa première rencontre avec l’équipe du RFC Yvoir lui laisse un souvenir indélébile. « Je leur ai demandé de courir trois tours de terrain… Et la plupart en étaient incapables. » C’est carrément aux rudiments du foot qu’il doit s’attaquer pour espérer remonter les scores. « La plupart des joueurs étaient en surpoids, ils n’ont pas du tout l’hygiène de vie de joueurs de foot pro. » Logique, quand on sait que l’équipe du RFC Yvoir est composée d’une bande d’amis dont la plupart sont ouvriers, chauffeurs de poids lourd ou encore chômeurs. « Franchement, les trois quarts des membres de l’équipe ne venaient à l’entraînement que pour passer leur dimanche, ajoute Philippe. Le foot, c’était la bonne raison de se retrouver le week-end. » Résultat, le rituel avant chaque match, c’était de boire deux-trois bières avant de monter sur le terrain, de quoi se donner du courage avant d’encaisser les goals. « Aujourd’hui, on ne tolère plus que les cafés et les cécémels! » assure Philippe sans rigoler. Le breuvage des champions.

Physiques d’athlètes

Au programme, régime draconien pour tout le monde. Pesées, tests physiques, entretiens avec une nutritionniste et un coach culinaire, le tout pour améliorer la condition physique de l’équipe. « Certains joueurs ont perdu plus de vingt kilos, s’amuse Léo Van der Elst. Mais c’était vraiment nécessaire. Au début, j’en entendais certains qui marmonnaient dans leur coin, apparemment mécontents, mais ça n’a pas duré. Quand ils ont mesuré que leurs efforts payaient, ils se sont donnés à fond. » Philippe, lui, est encore plus positif en évoquant cet entraînement quasi militaire. « Léo nous a vraiment remotivés, il nous a rappelé pourquoi on jouait au foot, moi j’avais pris le poste d’entraîneur un peu par dépit et je n’osais pas spécialement faire des remarques aux joueurs quand je n’étais pas satisfait. » Du coup, avant chaque match, au lieu de parler tactique, les joueurs du RFC Yvoir faisaient un concours pour deviner le nombre de goals qu’ils allaient encaisser.

Au fur et à mesure, les efforts de l’équipe commencent à payer. « Ce qui était agréable, c’est que ces joueurs était hyper-motivés, ce sont des gens qui aiment vraiment le foot, c’est leur culture, continue l’ancien Diable. Bon, on va pas se mentir, ce n’était pas évident non plus, au niveau tactique c’était éreintant, je devais constamment me répéter pour que, enfin, ça rentre. » Résultat? Petite progression lors du premier match post-Léo, les joueurs du dimanche perdent 13-0. Pas de quoi s’émerveiller, on est d’accord, mais la progression se fait tout doucement sentir.

Pour éviter de stagner, le RFC Yvoir recrute une poignée de nouveaux joueurs. « Pas des professionnels hein, des gens du coin, des amis d’amis » précise Philippe. De quoi se préparer au mieux avant l’étape finale du programme: la rencontre avec l’équipe féminine du Royal Sporting Club d’Anderlecht, classée en D1. Un choix qui n’est pas anodin, surtout dans le milieu du foot. « On savait très bien qu’en les faisant affronter une équipe de filles, ils allaient tout donner. » Perdre contre une équipe de femmes? Impensable dans les têtes des membres de ce club un rien machiste. « Bon, c’est vrai qu’on avait un peu peur de les blesser, mais quand on a vu qu’elles n’allaient pas nous laisser la moindre occasion, on a arrêté de les prendre pour des princesses. Malgré mes 100 kilos, je ne leur ai pas fait de cadeaux » s’amuse Philippe.

Pour connaître l’issue de ce match, il faudra patienter jusqu’à la fin de la saison des Héros du gazon. Les joueurs en herbe, faute de remporter tous leurs matchs, ont malgré tout affiché une nette progression. « Apparemment, la semaine dernière, ils n’ont perdu que 4-2. Et franchement, quand on voit d’où ils viennent, on ne peut que les féliciter d’un tel score » conclut Léo Van der Elst. « Ça a été inoubliable sur le plan humain de travailler avec des gens comme l’équipe du RFC Yvoir. Pour la première fois de ma carrière, j’étais confronté à des joueurs qui n’ont pas la grosse tête. Ce sont tous mes héros. »

Voir le premier épisode sur le site de la RTBF

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