Black: des gangs, des filles et des flics

Dans l'enfer des bandes urbaines de Bruxelles, Black fait pousser une fragile histoire d'amour. Un film percutant bien ancré dans notre réalité belge.

 

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Une vitre de portière qui explose et une main qui saisit le sac de la conductrice… D’entrée on est dedans. Dans la délinquance sur fond de rue bruxelloise où le jeune Marwan, membre des 1080 (de Molenbeek), alterne entre crime et frime. A quelques kilomètres de là, dans le quartier africain Matongé du haut de la ville, Mavela du haut de ses 15 ans intègre petit à petit le gang des Black Bronx… Les chemins de l’ado maghrébin et de la jeune congolaise vont se croiser dans un commissariat pour un joli coup de foudre. Joli, mais dangereux voire impossible. Car leurs deux bandes urbaines sont rivales et qu’aucune fille n’a le droit de fréquenter l’ennemi. Encore moins d’en tomber amoureux…

Pour leur deuxième film (après « Image »), les réalisateurs belges Adil El Arbi et Bilall Fallah ont intelligemment choisi d’entremêler deux intrigues, deux niveaux de lecture. La plongée dans la violente réalité méconnue des gangs bruxellois (36 sont répertoriées sur l’agglomération) rendue à peine respirable par cette idylle qui va en être tantôt la soupape tantôt l’enjeu. Black est un film belge comme on en voit rarement et mérite le détour (attention quand même aux âmes sensibles, interdit aux – de 16 ans) pour au moins 5 raisons.

Un réalisme certifié conforme.

Comme vous pourrez le lire dans le Moustique de ce mardi 10 novembre, même les policiers de la cellule « Bandes urbaines » de Bruxelles valident l’essentiel des éléments du scènario. Les inspecteurs Ludovic Corvilain et Maurice Nlandu (créateur de la section) ont visionné avec nous le film. Ils insistent  dans leur interview sur le réalisme de ce qui est dépeint sur la vie des bandes: leurs moeurs, la condition des filles-objets, les viols collectifs, les trafics, les réglements de comptes violents, le racket… A quelques nuances près comme le fait que la guerre des gangs est plus le fait de bandes de noirs qui s’affrontent. Alors que les réalisateurs en ont fait un affrontement entre Maghrébins et Noirs doublée d’une histoire d’amour impossible d’une fille et d’un garçon de l’un et l’autre groupe.

Une interprétation nickel

Les interprètes sont d’un naturel et d’une authenticité qui forcent le respect. Surtout Aboubakr Bensai (Marwan) et Martha Canga Antonio (Mavela). Et quasi tous sont des amateurs recrutés dans la rue ou des écoles fautes, en Belgique, de comédiens « typés ». 

Une mise en images efficace

Le film d’Adil El Arbi et Bilall Fallah  tire aussi son efficacité de la manière de filmer. Comme l’avouent les réalisateurs: « On a été baignés par le cinéma hollywoodien, avouent les réalisateurs. Le son pète le feu, le montage a un ryhtme poussé et on a supprimé toutes les images accessoires. ».  Tout en mettant bien en valeur Bruxelles, filmée comme jamais.

Un dépoussiérage du « film belge »

Courtisés par des pointures de Hollywood suite à Black, les réalisateurs font évoluer l’image du cinéma belge dans une catégorie, le film d’action avec une réelle épaisseur sociologique, où l’on est peu présent et peu (re)connu. Ils enrichissent et rééquilibrent une palette parfois abusivement restreintes aux oeuvres des Daerden ou de Jaco Van Dormael. 

Base d’un vrai débat sur la délinquance et l’immigration

Comme nous l’ont clairement expliqué les policiers spécialisés en bandes urbaines (36 sur le grand Bruxelles), il faut voir au-delà de la fresque d’un milieu fermé et interlope. Ce que Black met aussi en relief, c’est l’échec de l’accompagnement de  l’immigration, notamment des communautés africaines, qui a été le terreau fertile pour toutes les dérives criminelles, la constitution et la multiplication des  gangs. Avec des membres en décrochage scolaire, familial, social, professionnel… Black est un bon point de départ pour un débat sur toutes ces questions.

Notre dossier sur le film Black dans le Moustique du 10 novembre

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