Abd Al Malik: une âme dans le béton

Le poète slameur s'associe à Laurent Garnier pour un requiem urbain crépusculaire. Indispensable.

illu_46_abd_al_malik

Poète, slameur, auteur, réalisateur et diplômé en philosophie et lettres, Abd Al Malik publie son cinquième solo « Scarifications » qui a été réalisé par Laurent Garnier. L’artiste hip-hop et le parrain de l’électro française avaient déjà collaboré ensemble en 2014, Garnier signant alors le soundtrack de Qu’Allah bénisse la France, premier long métrage d’Abd Al Malik adapté de son propre roman. Disque urbain à la beauté sombre, « Scarifications » réussit à casser les codes d’un hip-hop sclérosé tout en s’appuyant sur ses bases fondamentales. Entre hommage (Daniel Darc, Juliette Gréco), cri d’espoir (Stupéfiant) et constat amer (Tout de noir vêtu), les deux complices signent une œuvre sans compromis et tournée vers le futur…

Les sons, les textes et les premiers clips extraits de « Scarifications » ont tous une connotation urbaine. Que vous inspire la ville?

Abd Al Malik – Je suis un enfant de la ville. J’ai grandi dans le quartier de Neuhof, une cité de Strasbourg. Avec mon frangin Bilal, on a découvert le hip-hop dans notre HLM et on sortait dans les clubs techno dans les villes allemandes frontalières. Tout ce « vécu » se retrouve dans l’album. À l’heure de la mondialisation, de la technologie et des nouveaux médias, la ville reste une belle métaphore de la vie. Elle inspire, elle inquiète, on peut s’y perdre ou se sentir seul. « Scarifications », c’est un peu comme si on voulait mettre une âme dans le béton.

Vous citez Platon, Britney Spears, les frères Dardenne. C’est quoi cette folie du name-dropping?

A.A.M. – J’aime bien l’idée de name-dropping car elle évoque autant de parcours différents de gens qui font, finalement, partie d’une même communauté. Je me suis toujours considéré comme un artiste et j’ai un profond respect pour tous les autres artistes. Les frères Dardenne et Britney Spears évoluent dans des univers complètement opposés mais, finalement, ils disent la même chose: qu’on peut être libre dans ce monde et exprimer cette liberté comme on le souhaite.

« Finalement, les frères Dardenne et Britney Spears disent la même chose… »

Vous rendez hommage à Daniel Darc, vous le connaissiez bien?

A.A.M. – On a fait ensemble la tournée caritative Les aventuriers d’un autre monde avec Bashung, Raphael, Jean-Louis Aubert et Richard Kolinka. Daniel et moi, nous nous sommes tout de suite tombé dans les bras. Lui avec sa culture rock, moi avec le hip-hop, on s’est rendu compte qu’on partageait plein de trucs en commun. La seule différence, c’est que je ne pense pas que l’art vaut tous les sacrifices. Daniel, lui, ne s’est pas posé la question (usé par les excès, Daniel Darc est décédé le 28 février 2013 – NDLR).

« Scarifications » peut-il être considéré comme une volonté de redonner des lettres de noblesse au hip-hop et à la techno qui sont devenus complètement aseptisés?

A.A.M. – Laurent et moi n’avons pas la prétention de vouloir remettre les pendules à l’heure. Par contre, il y a la volonté de rappeler que la techno et le hip-hop sont des musiques sœurs. En 1982, le DJ new-yorkais Afrika Bambaataa a mélangé son flow à un morceau de Kraftwerk sur Planet Rock, une chanson aussi importante dans l’histoire du hip-hop que celle de la techno et qui nous influence toujours. C’est parfois important de regarder en arrière et de remonter aux racines pour éclairer son présent.

 

HIP-HOP

Abd Al Malik – Scarifications
Le Label/[PIAS]

 

 

Sur le même sujet
Plus d'actualité