Comment valoir des milliards (sans gagner un kopek)?

Tinder, Instagram, Uber... Ces start ups sont valorisées - et parfois achetées - à des sommes astronomiques. Pourtant, elles sont loin de gagner autant d'argent. Explication en deux exemples.

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Récemment, on apprenait que Uber, la société de transport avec chauffeur qui ne dispose d’aucun taxi, était valorisée entre 60 et 70 milliards de dollars par les investisseurs. Et pourtant, Uber ne gagne sans doute pas le centième de cette somme… Comment est-ce possible? L’explication se situe quelque part entre le pari sur l’avenir que font les investisseurs et les nécessités stratégiques tout à fait actuelles des géants du Net.

Tinder, le plan à 5 milliards

Prenons d’abord le cas de Tinder. L’application qui a révolutionné les rencontres en ligne. Comment? En éloignant la peur du rejet: sur Tinder, vous n’entrez en contact qu’avec des gens qui vous ont tapé dans l’œil et à qui vous plaisez déjà. Et en plus, c’est ludique. Pas de longs formulaires de présentation à remplir. Quelques photos de vous, quelques lignes sur vous et c’est parti.

Même si l’application est gratuite, et que Tinder génère donc peu de revenus, IAC, propriétaire d’autres sites de rencontres “classiques” a déboursé 500 millions de dollars pour en acquérir seulement 10%. En fait, cela n’a rien d’étonnant. D’abord parce que la technologie développée par Tinder, dans sa lumineuse simplicité, est un must dans le secteur que IAC pourra récupérer au bénéfice de ses autres compagnies.

Ensuite, et surtout, parce que le potentiel d’attractivité de Tinder pourra fournir à IAC le public qu’il n’arrive pas à atteindre avec ses autres sites. En résumé, la valorisation de Tinder à hauteur de 5 milliards de dollars n’est pas basée sur ce qu’il vaut, mais sur ce que IAC perdrait s’il ne le possédait pas.

Instagram, la photo finish

Autre exemple, Instagram, petite application de partage de photos, rachetée par Facebook un milliard de dollars alors qu’elle ne générait aucun revenu. Ici, il ne s’agit plus d’un pari sur l’avenir, mais d’une nécessité stratégique tout à fait actuelle. D’abord, Facebook a besoin de fonctionner comme un monopole. Vous pensez partage sur le Web? Vous devez penser Facebook. Voilà pourquoi la firme de Mark Zuckerberg a préféré payé cher et vilain un milliard pour Instagram plutôt que de concevoir une interface similaire, voire meilleure. Instagram dominait le marché du partage de photos sur mobile, il fallait éliminer cette concurrence. Et le faire avant qu’un autre mette la main dessus.

Ensuite, il y a l’importance cruciale des revenus publicitaires dans un modèle économique qui repose souvent sur une (quasi)gratuité des applications pour le public. Instagram, tout comme Pinterest, une entreprise similaire valorisée, elle, à 11 milliards de dollars alors qu’elle n’a commencé à gagner de l’argent que l’année dernière, se sont au fil de leur envolée constitué des base d’utilisateurs extrêmement précieuses pour leurs éventuels repreneurs.

Pinterest, par exemple, est surtout prisé par les femmes de la classe moyenne de 25 à 40 ans avec enfants. Une cible qui, pour les annonceurs, vaut tout l’or du monde. Et qui se révélera certainement rentable un jour.

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