Les Chedid: Ainsi soient-ils

La tournée de la famille la plus cool de la chanson française connaît son prolongement sur un album artisanal. Anna, Joseph, Matthieu et Louis, on vous M.

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Anna, Joseph, Matthieu et leur papa Louis Chedid nous ont fixé un rendez-vous matinal dans un lieu discret qui ressemble à une caverne d’Ali Baba pour musiciens. Nous sommes à Paris, dans le showroom du fabricant de guitares Gibson qui est dans une ruelle entre le 10e et le 11e arrondissement parisien. Aucune enseigne, pas de numéro sur la façade, encore moins de mention sur Google Map. Pourtant, tous les guitaristes internationaux de passage dans la Ville lumière y trouvent refuge pour tester et emprunter du matériel. Et en multi-instrumentistes qu’ils sont tous les quatre, les Chedid sont comme des enfants qu’on lâcherait dans un magasin de bonbons. Joseph contemple des photos géantes des icônes Dylan ou Hendrix, Matthieu « M » décroche une Gibson électrique de son socle, papa Louis caresse tendrement les cordes de nylon d’une six cordes acoustique tandis qu’Anna, elle est où Anna? Elle se prépare du thé dans la cuisine lounge…

Après 35 concerts communs, dont une prestation inoubliable au Cirque Royal dans le cadre des Nuits Botanique en mai dernier, les Chedid ont enregistré un (double) album. Capté dans des conditions live en cinq jours au studio La Fabrique de Saint-Rémy-de-Provence, ce disque restitue l’ambiance de leur tournée. Les chansons des uns et des autres sont interprétées et jouées par les uns et les autres. Anna prend le chant sur un morceau de son père. Matthieu passe de la gratte à la batterie. Joseph s’amuse comme un fou sur un tube de son frangin. On sent le souffle de leur respiration, on entend les doigts qui tricotent les accords, on imagine les regards complices. Bref, plus qu’une « trace » d’une tournée événementielle, c’est une tranche de vie et de bonheur que le clan Chedid nous offre pour nous tenir bien au chaud cet hiver.

Sur la pochette du disque, on voit les Chedid rassemblés derrière une guitare basse. Une Gibson? Peut-être, mais ce n’est pas le plus important. « Ce cliché de Jean-Baptiste Mondino résume à lui seul l’esprit du disque et de la tournéee, explique Matthieu. Mondino est venu nous voir quand on jouait, il nous a fait prendre la pose et n’a appuyé qu’une seule fois sur le déclencheur. Cette photo c’est une ode à la réalité, au vrai. C’est nous… »

Au Cirque Royal, vous avez dit au public: « Nous allons vous proposer une expérience en famille ». En quoi cette tournée fut-elle une expérience?

Matthieu Chedid – S’il nous arrive régulièrement de jouer sur les albums des uns et des autres ou de nous inviter en rappel d’un concert, c’est la première fois que nous partions en tournée en famille. C’est quelque chose de rare, pour nous et pour le public. Je ne connais pas d’autre exemple en France. Au-delà de l’expérience humaine, il y a aussi une aventure musicale. Tous les quatre, nous avons des parcours artistiques et des univers différents. Sur cette tournée, nous étions logés à la même enseigne.

Il vous a fallu vous débarrasser de certains tics personnels pour jouer ensemble?

M.C. – Quand on est sur scène, c’est vrai que le naturel revient toujours au galop. Ici, il a fallu penser en termes de groupe, s’adapter et trouver son rythme pour laisser de la place aux autres.

Louis Chedid – Ce n’est pas une question de vitesse mais de partage. A la base, sous sommes des artistes solo. Ce qui était intéressant dans cette tournée, c’était de satisfaire les désirs des uns et des autres. Contrairement à ce que l’on pense, nous ne sommes pas toujours sur la même longueur d’ondes. La réussite de ce projet commun était envisageable, mais ce n’était pas gagné d’avance.

Louis Chedid: « Je faisais partie des sceptiques quand j’ai vu Matthieu débarquer avec ses mèches noires en forme de M. »

Dans la famille Chedid, vous chantez et vous êtes tous multi-instrumentistes. C’est votre papa qui vous a conseillé de ne pas mettre tous les œufs dans le même panier?

Anna Chedid – Notre éducation musicale s’est faite de manière très naturelle. Il n’y a jamais eu une attitude autoritaire ou paternaliste par rapport à la musique. Quand on se retrouvait dans notre maison de campagne, il y avait une batterie, un piano, des guitares, une basse. C’était très ludique pour nous. Tous ces instruments étaient là et nous étions libres de nous en servir.

Joseph Chedid – Le côté multi-instrumentiste vient aussi du fait que nous écrivons nous-mêmes nos chansons. On aime utiliser plusieurs instruments pour composer et construire notre univers. C’est là aussi qu’a résidé la force de notre tournée. En passant d’un instrument à l’autre, nous avons pu donner une autre dimension aux chansons. Nous ne voulions pas d’autre musicien sur scène. Il y avait une volonté de faire un truc très simple, très artisanal. Que ce soit dans l’image ou dans l’attitude, Matthieu et moi, nous sommes beaucoup plus loufoques dans nos projets respectifs. Ici, nous avons voulu quelque chose de plus dépouillé, qui correspond à ce que nous sommes réellement lorsqu’on se retrouve en famille.

 

La suite de l’interview dans le Moustique du 4 novembre 2015

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