Homard du meilleur acteur

Colin Farrell sublime dans The Lobster, notre gros coup de cœur de l'année.

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Lors de l’annonce de sa sélection au récent Festival de Cannes (dont il est finalement reparti avec le prix du jury), The Lobster avait été rangé, par les plus hautes instances, dans la noble catégorie des films « auxquels on ne comprend pas tout ». Un euphémisme pour décrire ce long métrage complètement barré. « Le genre de film dont on ne sait pas ce qu’il va donner, même après en avoir lu plusieurs fois le scénario », précise son acteur principal Colin Farrell. « Il était en tout cas dépourvu des clichés sentimentaux et des conventions dramatiques habituelles que l’on retrouve dans la plupart des longs métrages. C’était déjà un solide bon point. The Lobster se prête à plusieurs types d’interprétations, je ne pense pas qu’il porte un seul message particulier. Et il a quand même bien réussi à casser mon image. »

Ce film voit donc l’acteur irlandais évoluer avec lunettes, moustache et bedaine, très loin de l’éphèbe dont la sextape avait fait le tour du monde via Internet voici quelques années. The Lobster accumule les séquences réjouissantes. Notamment celle où, après un interrogatoire sur ses préférences sexuelles, cet antihéros pur et dur intègre, en slip, un hôtel très particulier. On comprend peu à peu que l’on se trouve dans une sorte de Tinder hôtelier. Où les résidents, tous célibataires, ont 45 jours pour matcher avec quelqu’un et retrouver l’amour. Sous peine de se voir transformés en animaux de leur choix (Colin opte pour le homard).

Par le biais d’une esthétique jamais prise en défaut et d’un casting dont l’efficacité le dispute au charme (Rachel Weisz, Léa Seydoux et Jessica Barden entourent Colin Farrell), cette dystopie, à la fois absurde, inquiétante, drôle et souvent jouissive dépeint une société dans laquelle, entre célibataires traqués et unions forcées, on ne sait plus trop qui est le plus à plaindre. Big Brother prend ici la forme de la dictature du couple, de la tyrannie de la mise en case et de la déshumanisation des sentiments. Mais peu à peu, à l’image du 1984 d’Orwell, ici aussi va émerger une belle histoire d’amour. Clandestine et désespérée. « Parce que c’est toujours l’amour qui gagne à la fin, non? », lance l’ancien bad boy du cinéma.

« The Lobster et mon rôle dans la deuxième saison de True Detective marquent vraiment un nouveau départ à tous les niveaux, poursuit Colin Farrel. J’ai arrêté les conneries. La drogue, la bouteille et tout le reste… Je dois reconnaître que je mettais plus d’énergie dans ma destruction que dans ma reconstruction. Je pense avoir inversé la tendance. Bref, aussi bien artistiquement que physiquement et mentalement Lobster est le film le plus essentiel de mon parcours jusqu’à présent. » Et l’un de nos gros coups de cœur de l’année.

> THE LOBSTER, réalisé par Yorgos Lanthimos. Avec Colin Farrell, Rachel Weisz, Jessica Barden – 118’.

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